‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 37 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

qu'ils rencontraient, prenant pour donner, prodiguant tout , et croyant qu'ils avaient tout payé par le (langer.

Au reste , dans cette circonstance , il n'y eut guère de distinction à établir, si ce n'est dans le motif : les uns prirent à regret , quelques autres avec joie , tous par nécessité. Au milieu de richesses qui n'apparienaient plus à personne , près d'être consumées , et se perdant au milieu des cendres , on se trouva placé dans une position toute nouvelle , où le bien et le mal étaient confondus , et pour laquelle il n'y avait point de règle tracée. Les plus délicats, par leurs sentiments ou parce qu'ils étaient les plus riches , achetèrent aux soldats les vivres et les vêtements qui leur manquaient ; d'autres envoyèrent pour eux à la maraude ; les plus nécessiteux furent obligés de se pourvoir de leurs propres mains.

Quant aux soldats , plusieurs , s'étant embarrassés (les fruits de leur pillage, devinrent moins lestes, moins insouciants; dans le danger ils calculèrent, et, four sauver leur butin , ils firent ce qu'ils auraient dédaigné de faire pour se sauver eux-mêmes.

Ce fut au travers de ee bouleversement que Napoléon rentra dans Moscou. Il l'abandonna à ce pillage, espérant que son armée , répandue sur ces ruines , ne les fouillerait pas infructueusement. Mais quand il sut que le désordre s'accroissait; que la Vieille Garde elle-même était entraînée; que les paysans

russes 9 enfin attires avec leurs provisions , et qu'il faisait payer généreusement afin d'en attirer d'autres , étaient dépouillés de ces vivres, qu'ils nous apportaient, par nos soldats afTaniés ; quand il apprit que les difTérents corps, en proie à tous les besoins, étaient prêts à se disputer violemment les restes de Moscou ; qu'enfin toutes les ressources encore existantes se perdaient par ce pillage irrégulier; alors il donna des ordres sévères, il consigna sa Garde. Les églises, où nos cavaliers s'étaient abrités , furent rendues au culte grec. La maraude fut ordonnée dans les corps par lourde rôle, comme un autre service , et Ton s'occupa enfin de ramasser les traineurs russes.

Mais il était trop tard. Ces militaires avaient fui; les paysans, eflaroucliés, ne revenaient plus; beaucoup de vivres étaient gaspillés, f/armée française est tombée quelquefois dans celle faute; mais ici l'incendie l'excuse : il fallut se précipiter pour devancer la flamme. Il est encore assez remarquable qu'au premier commandement tout soit rentré dans l'ordre.

Quelques écrivains, et des Français mêmes , ont fouillé ces décombres pour y trouver les traces de quelques excès qui purent y être commis. 11 y en eut peu. La plupart des nôtres se montrèrent généreux pour le petit nombre d'habitants et le grand nombre d'ennemis qu'ils rencontrèrent. Mais qu'il y ait eu , dans les premiers moments, quelque emportement

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