‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 40 sur 232 · CHAPITRE IX. G · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. G

se répandit dans tout l'Empire, et dont tant de Français furent victimes.

En ce moment solennel on vit Kutusof annoncer d'un ton noble et ferme à son Souverain la perte de sa capitale. Il lui déclare : « Que , pour conserver les « provinces nourricières du sud et sa communica- « tion avec Tormasof et Tchitchakof, il vient dëlre a forcé d'abandonner Moscou, mais vide de ce peuple « qui en est la vie; que partout le peuple est l'âme « d'un Empire; que la où est le peuple russe, là est « Moscou et tout l'Empire de Russie ! »

Alors pourtant il semble ployer sous sa douleur. Il convient « que cette blessure sera profonde et inef- « fa cable! »Mais, bientôt se relevant, il dit: «QueMos- « cou perdue n'est qu'une ville de moins dans un Em- « pire , et le sacrifice d'une partie pour le salut de « tous. Il se montre sur le flanc de la longue ligne « d'opération de l'ennemi, le tenant comme bloqué « par ses détachements : là il va surveiller ses mouce vements, couvrir les ressources de l'Empire, re- « compléter son armée; » et déjà (le 16 septembre) il annonce que « Napoléon sera forcé d'abandonner « sa funeste conquête ! »

On dit qu'à cette nouvelle Alexandre demeura consterné. Napoléon espérait dans la faiblesse de son rival , en même temps que les Russes en craignaient l'effet. Le Czar démentit cet espoir et cette crainte. Dans ses discours , on le voit grand comme

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son malheur; il s'adresse à ses peuples : « Point d abatte tement pusillanime, s'écrie-t-il ; jurons de redoubler « de courage et de persévérance ! L'ennemi est dans K Moscou déserte, comme dans un tombeau, sans (c movens de domination ni même d'existence. En- « tré en Russie avec trois cent mille hommes de tout <c pays, sans union, sans lien national ni religieux, la ce moitié en est détruite par le fer, la faim et la dé- <c sertion ; il n'a dans Moscou que des débris ; il est « au centre de la Russie, et pas un seul Russe n'est « à ses pieds !

a Cependant nos forces s'accroissent et l'entouc( rent. Il est au sein d'une population puissante, en- « vironné d'armées qui l'arrêtent et l'attendent. Bien- « tôt, pour échapper à la famine , il lui faudra fuir à a travers les rangs serrés de nos soldats intrépides. V Reculerons-nous donc, quand l'Europe nous en- « courage de ses regards? Servons-lui d'exemple , et (( saluons la main qui nous choisit pour être la prête mière des Nations dans la cause de la vertu et de « la liberté! » Il terminait par une invocation au Tout-Puissant.

Les Russes parlent diversement de leur général et de leur Empereur. Pour nous, comme ennemis, nous ne pouvons juger nos ennemis que par les faits. Or telles furent leurs paroles , et leurs actions y répondirent. Compagnons, rendons-leur justice! Leur sacrifice a été complet, sans réserve, sans regrets tar-

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