CHAPITRE IX. C
Kutusof un parlementaire. C'était Lauriston qu'il attendait. Mais comme dans cet instant l'arrivée de Poniatowski nous rendit quelque supériorité, le Roi ne fit point usage de la lettre que Borelli venait d'écrire ; il combattit jusqu'à la fin du jour, et repoussa Miloradowitcli.
Cependant l'incendie , commencé dans la nuit du 1 4 au 1 5 septembre, suspendu par nos efforts dans la journée du 1 5, ranimé dès la nuit suivante , et dans sa plus grande violence les 1 6, 17 et 1 8, s'était ralenti le 19. Il avait cessé le 20, Ce jour-là même Napoléon , que les flammes avaient chassé du Kremlin , rentra dans le Palais des Czars. 11 y appelle les regards de l'Europe; il y attend ses convois , ses renforts, ses traineurs; sûr que tous les siens seront ralliés par sa victoire , par l'appât de ce riche butin , par l'étonnant spectacle de Moscou prisonnière , et par lui surtout , dont la gloire , du haut de ce grand débris, brillait et attirait encore comme un fanal sur un écueil !
Deux fois pourtant, le 22 et le 28 septembre, des lettres de Murât furent près d'arracher Napoléon de ce funeste séjour. Elles annonçaient une bataille; mais deux fois les ordres de mouvement, déjà écrits , furent brûlés. 11 semblait que , pour notre Empereur, la guerre fût finie, et qu'il n'attendit plus qu'une réponse de Pétersbourg. Il nourrissait son espoir des souvenirs de Tilsitt et d'Erfurt. A Moscou , aurait-il
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donc moins d'ascendant sur Alexandre ? Puis, comme les hommes longtemps heureux , ce qu'il désire, il l'espère.
Son génie a d'ailleurs cette grande faculté, qui consiste à interrompre sa.plus grande préoccupation, quand il lui plaît, soit pour en changer, soit même pour se reposer; caria volonté en lui surpasse l'imagination. En cela il règne sur lui-même autant que sur les autres.
Ainsi Paris le distrait de Pétersbourg. Ses afTaires encore amoncelées, et les courriers qui, dans les pre-^ miers jours , se succèdent sans interruption , Faident à attendre. Mais la promptitude de son travail en a
bientôt épuisé la matière. Bientôt même ses estafettes , qui d'abord arrivaient de France en quatorze jours, s'arrêtent. Quelques postes militaires, placés dans quatre villes en cendres et dans quelques maisons de bois grossièrement palissadée^ , ne suffisaient pas pour garder une route de quatre-vingt-treize lieues ; car on n'avait pu établir que quelques échelons ,^ toujours trop espacés sur une si longue échelle. Cette ligne d'opération trop allongée se brisait partout où l'ennemi la touchait : pour la rompre , des paysans mêlés à quelques Cosaques suffisaient.
Cependant la réponse d'Alexandre n'est point encore venue. L'inquiétude de Napoléon augmente; ses moyens de distraction diminuent. Déjà l'activité de son génie, accoutumé aux soins de l'Europe entière, n'a plus pour aliments que l'administration de