‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 47 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

un entretien à Murât. Lauriston attendit. Le chef d'état-major russe , plus habile à négocier qu'à combattre , s'efforça d'enchanter ce Roi nouveau par des formes respectueuses; de le séduire par des éloges; de le tromper par de douces paroles, qui ne respiraient que la fatigue de la guerre et l'espoir de la paix; et Murât, enfin las des batailles, inquiet de leur résultat , et regrettant , dit-on , son trône , depuis qu'il n'en espérait plus un meilleur, se laissa enchanter, séduire et tromper.

Béningsen avait à la fois persuadé son chef et celui de notre avant-garde ; il s'empressa d'envoyer chercher Lauriston et de le faire conduire dans le camp des Russes, où Kutusof l'attendait à minuit. L'entrevue commença mal. Konownitzin et Volkonsky voulaient en rester les témoins. Cela choqua le général français : il exigea qu'ils se retirassent. On le

satisfit.

Dès que Lauriston fut seul avec Kutusof, il lui exposa ses motifs et son but , et lui demanda le passage pour Pétersbourg. Le général russe répondit que cette demande dépassait ses pouvoirs ; mais aussitôt il proposa de charger Volkonsky de la lettre de Napoléon pour Alexandre , et offrit un armistice jusqu'au retour de cet aide de camp. Il accompagna ces paroles de protestations pacifiques, qu'ensuite répétèrent tous ses généraux.

A les entendre : « Tous gémissaient de cette conti-

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« nuité de combats. Et pour quel motif? Leurs peu- « pies , comme leurs Empereurs , devaient s'estimer, ce s'aimer, et être alliés l'un de l'autre. Ils formaient « des vœux ardents pour qu'une prompte paix arri- « \ât de Pétersbourg. Jamais Volkonsky ne se hâtece rait assez. » Et ils s'empressaient autour de Laiiriston, l'attirant à part, lui prenant les mains, et lui prodiguant ces manières caressa^ntes qu'ils tiennent de l'Asie.

Ce qui fut bientôt prouvé, c'est qu'ils s'étaient surtout entendus pour tromper Murât et son Empereur. Ils y réussirent. Ces détails transportèrent de joie Napoléon. Crédule par espoir, par désespoir peutêtre , il s'enivre quelques instants de cette apparence ; et, pressé d'échapper au sentiment intérieur qui l'oppresse, il semble vouloir s'étourdir en s'abandonnant à une joie expansive. Il appelle tous ses généraux; il triomphe en leur annonçant une paix toute prochaine! <c Quinze jours d'attente suffiront! (c Lui seul a connu les Russes ! A la réception de sa <i lettre, on verra Pétersbourg faire des feux de c( joie! »

Toutefois l'armistice proposé par Kutusof lui déplut : il ordonna à Murât de le rompre sur-le-champ; mais il n'en fut pas moins observé , et l'on en ignore la cause.

Cet armistice était singulier. Pour le rompre il suffisait de se prévenir réciproquement trois heures

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