CHAPITRE X. 7a
d'avance. U n'existait que pour le front des deux camps j et non pour leurs flancs. Ce fut ainsi du moins que les Russes Tinterprétèrent. On ne pouvait amener un convoi ni faire un fourrage sans combatlre : de sorte que la guerre continuait partout, excepté où elle pouvait nous être favorable.
Pendant les premiers jours qui suivirent, Murât se complut!' à se montrer aux avant-postes ennemis. Là il jouissait des regards que sa bonne mine , sa réputation de bravoure et son rang attiraient sur lui. Les chefs russes n'eurent garde de le dégoûter : ils le comblèrent de toutes les marques de déférence propres à entretenir son illusion. Il pouvait ordonner à leurs vedettes comme aux Français. Si quelque partie du terrain qu'ils occupaient lui convenait, ils s'empressaient de la lui céder.
Des chefs cosaques allèrent jusqu'à feindre l'enthousiasme, et à dire qu'ils ne reconnaissaient plus pour Empereur que celui qui régnait à Moscou. Murât crut un instant qu'ils ne se battraient plus contre lui. Il alla plus loin. On entendit Napoléon s'écrier, en lisant ses lettres : c< Murât, Roi des Cosaques! quelle « folie! » Toutes les idées possibles venaient à des hommes à qui tout était arrivé.
Quant à l'Empereur, qu'on ne trompait guère . il n'eut que quelques instints d'une joie factice. 11 se plaignit bientôt « de ce qu'une guerre irritante de tf partisans voltigeait autour de lui; qu'au milieu de
« toutes ces démonstrations pacifiques , il sentait des « bandes de Cosaques rôder sur ses flancs et derrière « lui. Cent cinquante dragons de sa Vieille Garde ne « venaient-ils pas d'être rencontrés, assaillis, écrasés « par une foule de ces barbares? Et c'était deux jours « après l'armistice , sur la route de Mojaïsk , sur sa « ligne d'opération , celle par laquelle l'armée com- (( muniquait avec ses magasins, ses renforts, ses dé- « pots , et lui avec l'Europe ! »
En effet, sur cette même route, deux convois considérables venaient encore de tomber au pouvoir de l'ennemi ; l'un , par la négligence de son che(, qui se tua de désespoir; l'autre, par la lâcheté d'un officier, qu'on allait punir quand la retraite commença. La perte de l'armée fit son salut.
Chaque matin il fallait que nos soldats , et surtout nos cavaliers, allassent au loin chercher la nourriture du soir et du lendemain. Et, comme les environs de Moscou et de Winkowo se dégarnissaient de plus en plus , on s'écartait tous les jours davantage. Les hommes et les chevaux revenaient épuisés, ceux toutefois qui revenaient : car chaque mesure de seigle, chaque trousse de fourrage , nous étaient disputées : il fallait les arrachera l'ennemi. C'étaient des surprises ,des combats, des pertes continuelles! Les paysans s'en mêlaient. Ils punirent de mort ceux d'entre eux que l'appât du gain avait attirés dans nos camps avec quelques vivres. D'autres mettaient le feu à leurs pro-