‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 64 sur 232 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

« à trois lieues de là y porter au Vice-Roi la nouvelle a d'un combat sérieux. »

Le rapport ajoutait : « Qu'alors le Prince était aca couru avec quelques officiers; que ses divisions et (c sa garde Tavaient suivi précipitamment. Â mesure « qu'il s'est approché, un vaste amphithéâtre tout « animé s'est déployé devant lui ; la Louja en mar- « quait le pied y et déjà une nuée de tirailleurs russes « disputaient ses rives. »

Derrière eux, et du haut des escarpements de la ville , leur avant-garde plongeait ses feux sur Delzons; au delà, sur la plaine haute , toute l'armée de Kutusof accourait y en deux longues et noires colonnes, parles deux routes de Lectazowo. On les voyait se prolonger et se retrancher sur cette pçnle rase, d'une demi-lieue de rayon, d'où elles dominaient et embrassaient tout par leur nombre et leur position; déjà même elles s'établissaient en travers de cette vieille route de Kalougha , libre hier, et que nous étions maîtres d'occuper et de parcourir, mais que désormais Kutusof pourra défendre pied à pied.

£n même temps l'artillerie ennemie a profité des hauteurs qui , de son côté , bordent la rivière ; ses feux traversent le fond du repli dans lequel Delzons et ses troupes sont engagés. La position était intenable , et toute hésitation funeste. Il fallait en sortir, ou par une prompte retraite, ou par une attaque

lie LIVRE NEUVIÈME.

impétueuse ; mais c'était devant nous qu'était notre retraite, et le Vice-Roi a ordonné l'attaque.

Âpres avoir franchi la Louja sur un pont étroit, la grande route de Kalougha entre dans Malo-IaroslavetX) en suivant le fond d'un ravin qui monte dans la ville. Les Russes remplissaient en masse ce chemin creux ; Delzons et ses Français s'y enfoncent têle baissée; les Russes, rompus, sont renversés : ils cèdent, et bientôt nos baïonnettes brillent sur les hauteurs.

Delzons, se croyant siir de la victoire, l'annonça. Il n'avait plus qu'une enceinte de bâtiments à envahir, mais ses soldats hésitèrent. Lui s'avança; et il les encourageait du geste, de la voix, et de son exemple , quand une balle le frapps^ au front et l'étendit par terre. On vit alors son frère se jeter sur lui, le couvrir de son corps, le serrer dans ses bras, et vouloir l'arracher du feu et de la mêlée ; mais une seconde balle l'atteignit lui-même, et tous deux expirèrent ensemble.

Cette perte laissait un grand vide, qu'il fallut remplir. Guilleminot remplaça Delzons ; et d'abord il jeta cent grenadiers dans une église et dans son cimetière, dont ils crénelèrent les murs. Cette église, située à gauche du grand chemin , le dominait ; on lui dut la victoire. Cinq fois, dans cette journée , ce . poste se trouva dépassé par les colonnes russes qui poursuivaient les nôtres , et cinq fois ses coups , raé-

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