‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 65 sur 232 · CHAPITRE II. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. m

nages et lires à propos sur leur flanc et sur leurs derrières^ inquiétèrent et ralentirent Teur impulsion ; puis, quand nous reprenions Toffensive , cette posi* lion les mettait entre deux feux , et assurait le succès de nos attaques.

A peine ce général a-t-il fait cette disposition, que des nuées de Russes Tassaillent ; il est repoussé vers le pont, où le Vice-Roi se tenait pour juger des coups et préparer ses réserves. D'abord les secours qu'il envoya ne vinrent que faibles, les uns après les autres; et, comme il arrive toujours , chacun d'eux , insuffisant pour un grand effort, fut successivement détruit sans résultat.

Enfin toute la i4' division s'engage; alors le combat remonte et regagne une troisième fois les hauteurs. Mais dès que les Français dépassent les maisons , dès qu'ils s'éloignent du point central d'où ils sont partis, dès qu'ils paraissent dans la plaine, où ils sont à découvert , où le cercle s'agrandit , ils ne suffisent plus : alors écrasés par les feux de toute une armée, ils s'étonnent et s'ébranlent; de ^nouveaux Russes accourent sans cesse , et nos rangs éclaircis cèdent et se brisent , les obstacles du terrain augmentaient leur désordre; et les voilà encore qui redescendent précipitamment en abandonnant tout.

Mais des obus avaient embrasé derrière eux cette ville de bois : en reculant, ils rencontrent l'incendie; le feu les repousse sur le feu; les recrues russes, fana-

tisées y s'acharnent ; nos soldats s'indignent ; on se bat corps à corps : on en voit se saisir d'une main j frapper de l'autre , et , vainqueur ou vaincu j rouler au fond des précipices et dans les flammes sans lâcher prise. Là les blessés expirent , ou étouffés par la ftimée , ou dévorés par des charbons ^ardents. Bientôt leurs squelettes , noircis et calcinés, sont d'un aspect hideux, quand l'œil y démêle un reste de forme humaine.

Cependant tous ne firent pas également bien leur devoir : on remarqua un chef, grand parleur, qui, du fond d'un ravin , employait à pérorer le temps d'agir. Il retenait près de lui, dans ce lieu sûr, ce qu'il fallait de troupes pour l'autoriser à y rester luimême, laissant le resté s'exposer en détail, sans ensemble, et au hasard.

La 1 5* division restait encore. Le Vice-Roi l'appelle ; elle s'avance en jetant une brigade à gauche dans le faubourg, et une à droite dans la ville. C'étaient des Italiens, des recrues; c'était la première fois qu'ils combattaient. Ils montèrent en poussant des cris d'enthousiasme, ignorant le danger ou le méprisant, par cette singulière disposition qui rend la vie moins chère dans sa fleur qu'à son déclin , soit que jeune on craigne moins la mort , par l'instinct de son éloignement, ou qu'à cet âge , riche de jours et prodigue de tout , on prodigue sa vie comme les riches leur fortune.

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Le choc fut terrible ; tout fut reconquis une quatrième fois, et tout perdu de même. Plus ardents que leurs anciens pour commencer, ils se dégoûtèrent plus tôt, et revinrent , en fuyant, sur les vieux batail- Ions qui les soutinrent , et qui furent obligés de les ramener au danger.

Ce fut alors que les Russes , enhardis par leur nombre sans cesse croissant et par le succès, descendirent par leur droite pour s'emparer du pont et nous couper toute retraite. Le Prince Eugène en était à sa dernière réserve; il s'.engagea lui-même avec sa garde. A cette vue et à ses cris , les restes des iS**, i4*, et i5® divisions se raniment :> elles font un dernier et puissant effort , et , pour la cinquième fois , la guerre est encore reportée sur les hauteurs.

En même temps le colonel Péraldi et les chasseurs italiens culbutaient, à coups de baïonnette, les Russes qui déjà voyaient la gauche du pont ; et, sans reprendre haleine, enivrés de la fumée et des feux qu'ils ont traversés, des coups qu'ils donnaient, et de leur victoire, ils s'emportèrent au loin dans la plaine haute , et voulurent s'emparer des canons ennemis ; mais une des crevasses profondes dont le sol russe est sillonné les arrêta sous un feu meurtrier : leurs rangs s'ouvrirent, la cavalerie ennemie les attaqua; ils furent repoussés jusque dans les jardins du faubourg. Là ils s'arrêtent et se resserrent ; Durrieu, Gîf-

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flinga , Trezel , Français et Italiens , tous défendent avec acharnement les issues hautes de la ville y et les Russes, enfin rebutés y reculent et se concentrent sur la route de Kalougha j entre les bois et Malo-Iaroslavetz.

C'est ainsi que dix-huit mille Italiens et Françab , ramassés au fond d'un ravin , ont vaincu cinquante mille Russes placés au-dessus .de leurs têtes, et secondés par tous les obstacles que peut offrir une ville bâtie sur une pente rapide!

Toutefois l'armée contemplait avec tristesse ce champ de bataille, où sept généraux et quatre mille Français et Italiens venaient d'être blessés ou tués. La vue des pertes de l'ennemi ne consolait pas; elle n'était pas double de la nôtre, et leurs blessés seraient sauvés. On se rappelait d'ailleurs que, dans ime pareille position, Pierre P', en sacrifiant dix Russes contre un Suédois , avait cru , non-seulement ne faire qu'une perte égale, mais même gagner à ce terrible marché. On gémissait surtout en pensant qu'un choc si sanglant eût pu être épargné.

En effet , des feux qui brillèrent sur notre gauche dans la nuit du 23 au 24, avertirent du mouvement des Russes vers Malo-Iaroslavetz ; et cependant on remarquait qu'on y avait marché languissamment ; qu'une division seule , jetée à trois lieues de tout secours, y avait été négligemment aventurée; que les corps d'armée étaient restés hors de portée les uns

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