CHAPITRE m
cer. Alors des clameurs s'élevèrent; déjà quelques femmes et quelques goujats revenaient sur leurs pas en courant , n'entendant plus rien j ne répondant a aucune question, Tair tout eflTaré, sans voix et sans haleine. En même temps la file des voitures s'arrêtait incertaine, le troublé s'y mettait; les uns voulaient continuer, d'autres retourner : elles se croisèrent , se culbutèrent ; ce fut bientôt un tumulte , un désordre complet,
L'Empereur regardait et souriait, s'avançant toujours, et croyant à une terreur panique. Ses aides
de camp soupçonnaient des Cosaques , mais ils les voyaient marcher si bien pelotonnés , qu'ils en doutaient encore; et si ces misérables n'eussent pas hurlé en attaquant, comme ils le font tous pour s'étourdîr sur le danger, peut-être que Napoléon ne leur eut pas échappé. Ce qui augmenta le péril, c'est qu'on prit d'abord ces clameurs pour des acclamations , et ces hourras pour des cris de « Fii^e r Empereur! »
C'était Platof et six mille Cosaques qui , derrière notre avant-garde victorieuse, avaient tenté de traverser la rivière , la plaine basse et le grand chemin , en enlevant tout sur leur passage; et dans cet instant même où l'Empereur, tranquille au milieu de son armée et des replis d'une rivière ravineuse , s'avançait en ne voulant pas croire à un projet si audacieux , ils l'exécutaient !
Une fois lancés , ils s'approchèrent si rapidement ,
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que Rapp n'eut que le temps de dire à l'Empereur : « Ce sont eux, retournez! » L'Empereur, soit qu'il vît mal , soit répugnance à fuir, s'obstina ; et il allait être enveloppé , quand Rapp saisit la bride de son cheval et le fit tourner en arrière , en lui criant : « Il le faut ! » Et réellement il convenait de fuir. La fierté de Napoléon ne put s'y décider. Il mit l'épée à la main , le Prince de Neuchâtel et le Grand Écuyer l'imitèrent; et, se plaçant sur le côté gauche de la route, iU attendirent la horde. Quarante pas les en séparaient à peine. Rapp n'eut que le temps de se retourner et de faire face à ces barbares , dont le premier enfonça si \iolemment sa lance dans le poitrail de son cheval, qu'il le renversa. Les autres aides de camp et quelques cavaliers de la Garde dégagèrent ce général. Cette action , le courage de Lecoulteux , les efforls d'une vingtaine d'officiers: et de chasseurs, et surtout la soif de ces barbares pour le pillage , sauvèrent l'Empereur !
Pourtant ils n'avaient qu'à étendre la main pour le saisir ; car, au même moment , la horde , en traversant la grande route , y culbuta tout , chevaux , hommes , voitures , blessant et tuant les soldats du train qu'ils entraînaient dans les bois pour les dépouiller ; puis,, détournant les chevaux attelés aux canons, ils les emmenaient à travers champs. Mais ils n'eurent qu'une victoire d'un instant, un triomphe de surprise. La cavalerie de la Garde accourut : à cette vue, ils lâché-