CHAPITRE V
a qu'il combat? Avant tout il est Russe ; il veut que la « Russie soit délivrée; elle va l'être sans courir en- « core la chance d'une bataille ; et , quant au reste « de l'Europe, il lui importe peu que ce soit la France « ou l'Angleterre qui y domine. »
Ainsi Wilson est repoussé, et pourtant Kutusof, enfermé avec l'armée française dans cette plain'e haute de Malo-Iaroslavelz, se trouve forcé d'y nion- Irer l'appareil le plus menaçant. Il y déploie, le ^5, toutes ses divisions, et sept cents pièces d'artillerie. Dans lesi deux armées on ne doute plus qu'un der^ nier jour ne soit arrivé ; Wilson y croit lui-même. Il a remarqué que les lignes russes sont adossées à un ravin fangeux que traverse un pont mal sur. Celte seule voie ,de retraite , à la vue de l'ennemi , lui paraît impraticable : il faut enfin que Kutusof vainque ou périsse, et l'Anglais sourit à l'espoir d'une bataille décisive : que son issue soit fatale à Napoléon , ou dangereuse pour la Russie, elle sera sanglante, et l'Angleterre ne peut qu'y gagner.
Toutefois , la nuit venue , inquiet encore , il parcourt les rangs; il jouit en écoutant Kutusof jurer enfin qu'il va combattre ; il triomphe en voyant tous les généraux russes se préparer pour un choc terrible; Beningsen seul en doute encore. Néanmoins l'Anglais , en songeant que la position ne permettait pins de reculer, reposait enfin en attendant le jour, quand, vers trois heures du matin, un ordre général
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de retraite le réveille. Tous ses efforts furent inutiles. Kutusof était décidé à fuir vers le sud , d'abord à Go'nczarewo , puis au delà de Kalougha, et déjà, sur roka, tout était prêt pour son passage.
C'était dans ce même instant que Napoléon ordonnait aux siens de se retirer vers le nord , sur Mojaïsk. Les deux armées se tournèrent donc le dos , en se trompant mutuellement par leurs arrière-gardes.
Du côté de Kutusof, Wilson assure que ce fut comme une déroute. On vit de toutes parts arriver à l'entrée du pont, auquel Tarmée russe était adossée, la cavalerie, les canons, les voitures et les bataillons. Là toutes ces colonnes , accourant de la droite, de la gauche et du centre, se rencontrent, se pressent, et se confondent en une masse si énorme, si amoncelée, qu'elle perd toute puissance de mouvement. On fut plusieurs heures à pouvoir désencombrer et faire dégorger ce passage. Quelques boulels de Davout, qu'il crut perdus, tombèrent dans
celle bagarre.
Nf^poléon n'avait qu'à avancer sur cette foule en désordre. Ce fut lorsque le plus grand effort, celui de Malo-Iaroslavelz , était fait , et quand il n'y avait plus qu'à marcher, qu'il se retira. Mais voilà la guerre : on n'essaie, on n'ose jamais assez. Vost ignore ce que fait Vost ; les avant-postes sont les dehors de ces deux grands corps ennemis; c'est par là qu'ils s'en imposent. Uy a un abime entre deuxarméesen présence !