‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 76 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Au reste 9 ce fut peut-être parce que TEmpereur avait manqué de prudence à Moscou , qu*ici il manqua de témérité ; il se fatigua ; ces deux échaufiburées de Cosaques l'avaient dégoûté ; ses blessés l'attendrirent; tant d'horreurs le rebutèrent; et, comme les hommes de résolutions extrêmes, n'espérant plus de victoire entière , il se résolut à une retraite précipitée.

Depuis ce moment il ne vit plus que Parts, de même qu'en partant de Paris il n'avait eu en vue que Moscou ! Ce fut le 26 octobre que commença le fatal mouvement de notre retraite. Davout , avec vingt-cinq mille hommes , resta à l'arrière-garde. Pendant qu'il avançait de quelques pas, et jetait, sans le savoir, la terreur chez les Russes , la Grande Armée, étonnée, leur tournait le dos. Elle marchait les yeux baissés, comme honteuse et humiliée. Au milieu d'elle son Chef, sombre et silencieux, paraissait mesurer avec anxiété sa ligne de communication avec les places de la Vistule.

Sur plus de deux cent cinquante lieues, elle ne lui offre que deux points d'arrêt et de repos : Smolensk d'abord, pub Minsk. Il a fait de ces deux villes ses deux grands dépôts : d'immenses magasins y sont réunis. Mais Wittgenstein , toujours devant Polotsk , menace le flanc gauche de la première , et Tchitchakof , déjà à Bresk-Litowski, le flanc droit de la seconde. Les forces de Wittgenstein s'accroissent d^ recrues

et de nouveaux corps qu'il reçoit journellement , et de l'afTaiblissement graduel de Saint-Cyr.

Cependant Napoléon compte sur le Duc de Bellune et ses trente-six mille hommes de troupes fraîches. : ce corps d'armée est à Smolensk depuis les premiers jours de septembre. Il compte sur les détachements qu'envoient les dépôts , sur les malades et les blessés rétablis , sur les traineurs ralliés et formés à Vilria en bataillons de marche. Tous arriveront successivement en ligne, et rempliront les lacunes qu'ont faites dans les rangs le fer, la faim , et les maladies. Il aura donc le temps de regagner cette position de la Dûna et du Bôrysthène, où il veut qu'on croie que sa présence, s'ajoutant à celle de Victor, de Saint-Cyr, et de Macdonald, contiendra Wittgenstein, arrêtera Kutusof, et menacera Alexandre jusque dans sa seconde capitale.

C'est pourquoi il publie qu'il va se placer sur la Dtina. Mais ce n'est point encore sur ce fleuve et sur le Borysthène que sa pensée se repose ; il sent que ce n'est pas avec une armée harassée et réduite qu'il [>ourra garder l'intervalle de ces deux fleuves , et leur cours que les glaces vont effacer. Il ne compte point sur une mer de neige de six pieds de profondeur, que l'hiver va étendre sur ces contrées, mais que l'hiver pourra rendre solide : alors tout serait chemin à l'en- . nemi pour arriver jusqu'à lui, pour pénétrer dans les interMpIles de ses cantonnements de bois, répan-

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