CHAPITRE V
dus sur deux cents lieues de frontière , et ies brûler.
S'il s'y était d'abord arrêté , comme il l'avait annoncé à son arrivée à Vitepsk ; s'il y avait conservé et rétabli son armée; si ïormasof, Tchitchakof et Hœrtel eussent été chassés de la Volhinie; si, dans ces riches provinces , il eût levé cent mille Cosaques j alors ses quartiers d'hiver eussent été habitables. Mais aujourd'hui rien n'y est prêt, et non-seulement ses forces y* sont insuffisantes, mais Tchitchakof, à cent lieues en arrière de lui , y menacerait encore ses communications avec l'Allemagne et la France , et sa retraite. C'est donc à cent lieues plus loin que Smolensk, dans une position plus resserrée, derrière les marais de la Bérézina , c'est à Minsk qu'il lui faut aller chercher des quartiers d'hiver, dont quarante marches le séparent !
Mais y arrivera-t-il à temps? Il doit le croire. Dombrowski et ses Polonais, placés autour de Bobruisk, qu'ils observent, suffisent pour contenir Hœrtel. Quant à Schwartzenberg , ce général estvïclorieux; il est à la tête de quarante-deux mille Autrichiens, Saxons et Polonais, que Durulte et sa division française , accourant de Varsovie , vont porter à plus de cinquante mille hommes. H a poursuivi Tormasof jusque sur le Styr.
11 est vrai que l'armée russe de Moldavie vient de s'ajouter aux restes de l'armée de Volhinie; que Tchitchakof, général actif et déterminé, a» pris le
commandement de ces cinquante-cinq mille Russes; que FAulrichien s'est arrêté; qu'il s'est même cru obligé y le :î3 septembre, de reculer derrière le Bug; mais il a dû repasser ce fleuve à Bresk-Litowski , et Napoléon ignore le reste.
Toutefois, à moins d'une trahison qu'il est trop tard pour prévoir, et qu'un retour précipité peut seul prévenir, il se flatte que Schwartzenberg , Régnier, Durutte , Dombrowski , et vingt mille hommes répartis à Minsk, Slonim, Grodno, et Vilna, que soixante-dix mille hommes enfin ne laisseront pas soixante mille Russes s'emparer de ses magasins , et lui couper sa retraite.