‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 93 sur 232 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le 3 novembre, le Prince Eugène s acheminail vers Viazma , où ses équipages et son artillerie le précédaienty quand les premières lueurs du jour lui montrèrent à la fois : sa retraite menacée , à sa gauche , par une armée ; derrière lui j son arrière-garde coupée ; à sa droite, la plaine couverte de traineurs et de chariots épars , fuyant sous les lances ennemies. En même temps, vers Yiazma, il entend le Maréchal Ney, qui devait le secourir, combattre pour sa propre conservation.

Ce Prince n'était point de ces généraux nés de la faveur, pour qui tout est imprévu et cause d'étonnément, faute d'expérience. 11 envisage aussitôt et le mal et le remède. Il s'arrête, fait volte-face, déploie ses divisions à droite du grand chemin , et contient dans la plaine les colonnes russes qui cherchaient à lui faire perdre cette route. Déjà même leurs premières troupes, en débordant la droite des Italiens, s'en étaient emparées sur un point, et elles s'y maintenaient, quand Key lança de Yiazma un de ses régiments, qui les attaqua par derrière, et leiir fît lâcher prise.

En même temps Compans, général de Davout, joint sa division à Tarrière-garde italienne ; ils se font jour, et pendant que , réunis au Vice-Roi , ils combattent , Davout avec sa colonne s'écoule rapidement derrière eux par le côté gauche du grand chemin ; puis, le traversant aussitôt qu'il les a dépassés j il réclame son rang de bataille, prend Taile droite, et se trouve entre Viazma et les Russes. Le Prince Eugène lui cède ce terrain qu'il a défendu, et passe de l'autre côté de la route. Alors l'ennemi commence à s'étendre devant eux, et cherche à déborder leurs ailes.

Par le succès de cette première manœuvre, les deux corps français et italien n'avaient pas conquis le droit de continuer leur retraite , mais seulement la possibilité de la défendre. Ils comptaient encore trente mille hommes ; mais dans le premier corps , celui de Davout, il y avait du désordre : cette manœuvre précipitée , cette surprise , tant de misère , et surtout l'exemple fatal d'une foule de cavaliers démontés, sans armes, et courant çà et là, tout égarés de frayeur, le désorganisaient.

Ce spectacle encouragea l'ennemi : il crut à une déroute. Son artillerie , supérieure en nombre, manœuvrait au galop ; elle prenait en écharpe et en flanc nos lignes qu'elle abattait, quand les canons français , déjà à Viazma et qu'on faisait revenir en haie , se traînaient avec peine. Cependant Davout et ses généraux avaient encore autour d'eux leurs plus

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