CHAPITRE X. 1C
fermes soldats. On voyait plusieurs de ces chefs, blessés depuis la Moskwa, Fun le bras en écharpe, l'autre la tête enveloppée de linges , soutenir les meilleurs , retenir les plus ébranlés, s'élancer sur les batteries ennemies, les faire reculer, se saisir même de trois de leurs pièces, enfin étonner à la fois les ennemis et leurs fuyards, et combattre Texemple du mal par un noble exemple.
Alors Miloradowitch , sentant sa proie lui échapper, demanda du secours ; et ce fut encore Wilson , qui se trouvait partout où il pouvait le plus nuire à la France , qui courut appeler Kutusof. Il trouva le vieux maréchal se reposant avec son armée au bruit du combat. L'ardent Wilson, pressant comme la circonstance , Texcite vainement ; il ne peut Témouvoir . Transporté d'indignation, il l'appelle /raiVr^ ; il lui déclare qu'à l'instant même un de ses Anglais va courir à Pétersbôurg dénoncer sa trahison à son Empereur et à ses Alliés.
Cette menace n'ébranla point Kutusof : il s'obstina dans son inaction ; soit qu'aux glaces de l'âge se fussent jointes celles de l'hiver, et que , dans son corps tout cassé , son «esprit se trouvât affaissé sous le poids de tant de ruines ; soit que , par un autre effet de la vieillesse, on devienne prudent quand on n'a presque plus rien à risquer, et temporiseur quand on n'a plus de temps à perdre. Il parut encore croire , comme à Malo-Iaroslavetz , que l'hiver moscovite pouvait seul
aballre Napoléon; que ce génie, vainqueur des hommes , n'était pas encore assez vaincu par la nature ; qu'il fallait laisser au climat Thonneur de cette victoire, et au ciel russe sa vengeance.
Miloradoiwitch, réduit à lui-même, s'efforçait alors de rompre le corps de bataille français; mais ses feux y pouvaient seuls pénétrer : ils y firent d'affreux ravages. Eugène et Davout s'affaiblissaient ; et comme ils entendaient un autre combat en arrière de leur droite, ils crurent que c'était tout le reste de l'armée russe qui arrivait sur Yiazma par le chemin dluknof, dont Ney défendait le débouché.
Ce n'était qu'une avant-garde; mais le bruit de cette bataille en arrière de leur bataille, et menaçant leur retraite, les inquiéta. Le combat durait déjà depuis sept heures ; les bagages devaient être écoulés , la nuit s'approchait , les généraux français commencèrent donc à se retirer.
Ce mouvement rétrograde accrut l'ardeur de l'ennemi, et, sans un mémorable effort des 25*, 5'j* et 85® régiments, et la protection d'un ravin, le corps de Davout eût été enfoncé, tourné par sa droite, et détruit. Le Prince Eugène , moins vivement attaqué, put effectuer plus rapidement sa retraite au travers de Yiazma ; mais les Russes l'y suivirent : ils Rivaient pénétré dans cette ville , lorsque Davout , poussé par vingt mille hommes, et écrasé par quatre-vingts pièces de canon, voulut y passer à son tour.