CHAPITRE III
passer dans Tîle de Walcheren en dépit de l'heure avancée et du tempâ contraire; et que, au lieu de faire un détour prudent , je me hasardai au large dans une barque, au risque de me faire prendre par les Anglais, exposant ainsi, après ma santé , ma \ie et ma liberté : tant rhorame est joueur, tant ii se plaît à abuser de sa force et de sa fortune !
Cette activité, poussée jusqu'à la précipitation, venait du désir d'imiter Napoléon , et de satisfaire , d'étonner même , sous ce rapport , le plus étonnant des hommes. Mais ce qu'on fait par imitation manque souvent de mesure et d'à-propos.
Le fait invraisemblable est que je mis à peine trois semaines à cette mission qui en eût demandé au moins le double. Cependant elle fut consdencieusement exécutée , et même à l'entière satisfaction du Premier Consul. H n^en est pas moins vrai que, avec plus de temps , j'eusse pu revoir, à plusieurs reprises, les chefs des divers services, ce qui eût mieux valu; car, quelque bien préparées que soient les interrogations qu't)n leur adresse , ils ne disent pas tout en une fois; en- les revoyant j'en aurais appris davantage; mon programme de questions se fût augmenté, chemin faisant, de plusieurs considérations nouvelles résultant de ces entretiens. L'un m'aurait mis sur la voie de ce que je devais demander à l'autre. J'eusse pu même , à mes instructions , joindre des observations d'une autre nature, m'instruire plus, agrandir ainsi ma mission et la rendre plus utile.
' Pour en finir, parvenu dans Flessingue vers minuit , la fatigue me fit tomber évanoui , en le sa-
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luaiit , dans les bras du général Monnec. Revenu à moi je ne pouvais me douter que je voyais, en ce malheureux gouverneur, celui qui , six ans plus tard, devait rendre cette forteresse à l'Angleterre .
L'inspection de cette lie malsaine étant achevée , en arrivant à Anvers je n'eus pas de peine à comprendre que c'était là Tun des points les plus importants de mon affaire, et Tune des plus grandes créations de Bonaparte. Déjà ses ordres commençaient à transformer cette vieille métropole de négoce , depuis longtemps ruinée et abandonnée , en port de commerce , en port de guerre , en port de constructions navales , en une vaste ville forte enfin de terre et de mer, domîna- Irîce de l'Escaut , commandant aux deux rives de ce fleuve , menaçante pour la Tamise , et destinée à devenir le principal objet de la jalousie guerrière et commerciale de l'Angleterre.
Ce fut là que le récit d'une anecdote i^cente et le fait que j'avais sous les yeux me firent bien voir toute l'importance du coup d'œil du maître , et surtout d'un maître aussi clairvoyant que Napoléon. Ceux de ses conseillers qu'il avait envoyés sur place lui avaient déclaré, sans hésiter, que, à la hauteur d'Anvers et pour des vaisseaux de haut bord, l'Escaut n'était point navigable ; qu'en conséquence on n'y pourrait jamms fonder un grand établissement naval, et qu'il fallait le pmisser jusqu'à Terneuse ; mais un seul regard de Bonaparte l'avait éclairé sur la légèreté coupable de cette assertion erronée ^ sur d'aussi funestes conseils ; sans quoi, Anvers^ devenu déjà port de construction, et qui devait bientôt voir remonter jusque so^œ ses muirs une