CHAPITRE IV
Chaque jour augmentait cet étonnement qu impo-
^siit la force d'esprit, partout à la fois présente , du
t^emier Consul. Comment, en effet, n'être pas s^iisi
cîe surprise de voir que l'emplacement de chacun de
^i^îes milliers de canons , l'ordre de marche du moindre
ciJétachement de conscrits , et le degré d'avancement
^zie construction de chacun des milliers de bâtiments
^:3e sa flottille , fussent si extraordinairement présents
«a sa pensée, lorsque en mcnie lemps nous le voyons,
"*:out à la fois , soutenir le clergé dans chacun de ses.
,^ ustes vœi^ et le contenir dans ses prétentions trop
^^^mbîtieusesj créer neuf écoles de droit, une école
^des arts et métiers, et en discuter tous les détails;
dicter le règlement de l'Institut et le partage de ce
^orps en quatre classes; commencer ce canal de
XOurcq dont jouit aujourd'hui la capitale; et, de la
3aéme main, tracer le règlement général et intérieur
'<ies lycées , tel à peu près qu'il existe encore !
Les sciences exactes y étaient introduites, les punitions corporelles abolies, un uniforme adopté. On y remairquait une classe d'instruction militaire où les enfants, depuis l'âge de douze ans, étaient exercés au maniement des armes , à l'école de peloton , et divisés en compagnies de vingt-cinq élèves , dont les lauréats des autres classes obtenaient les grades. Dans ces lycées , les cloches supprimées furent reniplacces par des tambours , qui seuls devaient annoncer
tous les exercices, etmême jusques aux devoirs religieux: - C'est de celte même année i8o3, devenue si guerrière , que datent encore : dans le Conseil d'État la création des Auditeurs, pépinière administrative si remarquable; dans le barreau, l'institution des avoués et des avocats, alors tombée en désuétude ; dans k magistrature , le retour aux anciens costumes et à plusieurs dénominations anciennes; puis l'organisation d'un Conseil Privé pour les affaires d'État ; le droit consulaire établi de nommer les questeiu*s et le président du Corps Législatif; le conmiencement d'une Cour par la création de quatre dames et de quatre préfets du palais ; enfin , la suppression des fêtes anniversaires du i4 juillet 1789 et de la îbndation de la République.
Ainsi marchaient de iront, au milieu de tant d'autres soins, les créations administratives de toute nature, la propagation de l'esprit militaire jusque dans les premières années de l'adolescence , la concentration du pouvoir sous toutes les formes, et la transition des mœurs et des institutions républicaines aux mœurs monarchiques. Quant aux affaires du dehors, le rappel de l'ambassadeur russe et antifrançais Markof avait été exigé ; seize milli? Suisses étaient engagés par ^capitulation; le Hanovre convoité par laPrusse lui avait été offert au prix d'une alliance offensive et défensive, que réprouvait et faisait décliner Tinfluence ennemie de la Cour et de la haute société prussienne. L'Autriche, qui réarmait en silence, était observée ; et le Prince de la Paix , détourné de nous , mais menacé dans son odieux favoritisme, et ramené à l'exécudon des traités,
CHA.P1TIIE IV. 235
<était conlopaint à nous payer son tribut de soixante et douze millions comme contingent de guerre.
Cependant Tinutile bombardement de nos ports, depuis le Havre jusqu'à Calais , avait été entendu par Bonaparte. Il avait distribue le blâme ou Téloge, selon la Êdblesse ou l'énergie de la résistance, et luimême, en prescrivant les moyens d'augmenter la portée du tir de nos batteries, avait forcé l'ennemi à respecter notre littoral. Il semblait du reste toujours exclusivement occupé, à Saint-Cloud, du travail de son cabinet, de ses Codes et de ses Conseils ; mais de là, dirigeant, jour et nuit, la France transformée en un camp, en un chantier, en un vaste arsenal de guerre , tout se préparait pour la descente , comme sous ses yeux , par un continuel envoi d'officiers , d'aides de camp et de ministres.
Dès l'automne de i8o3 plusieurs corps d'armées étaient rassemblés sur les bords de la Manche ; et plusieurs détachements de la flottille, doublant les caps en dépit- des vaisseaux anglais , se réunissaient devant Boulogne. Le 4 novembre il y reparut tout à coup lui-même, en rade, sur une péniche, à la tête de cent voiles canonnières. Attaqué par l'amirah Keith , il lui tint tête , et força victorieusement l'escadre an^ise de reculer au large. Les jours suivants, après avoir exercé ses troupes à des manœuvres d'embarquement, fixé les points de réunion et de départ de :1a flottUle , et jeté l'alarme la plus vive au sein de l'Angleterre, il retourna à Paris, où bientôt de fâoheuses nouvelles d'outre-mer vinrent l'assaillir^ sans toutefois faire pâlir son étoile.
Il y apprit que Linois , Decaen et leur escadre , envoyés dans Tlnde, n'avaient réussi qu'à y échapper aux forces britanniques; et que cette troisième année du siècle, et la quatrième de son Consulat, si brillante pour lui sur le continent, si progressive pour le développement de son autorité, se terminait dans les Antilles par une effroyable catastrophe !
On se souvient du départ de l'expédition de Saint- Domingue à la fin de ï8oi.' Napoléon s'était alors décidé à dompter Toussaint l'Ouverture^ nègre de soixante-cinq ans , d'un génie analogue au sien , aussi actif', aussi dominateur, et sans douté plus dissimulé. Ce nègre s'était ren(|u maître de la colonie française et espagnole, malgré iiôs envoyés ou trompéis Ou rebutés, en dépit du mulâtre Rigaud encore dans le Sud , et d'une descente anglaisé dans TOliest qu'il avait vaincue. Il avait accru le bien-être de cette île par l'oùvértiit'e de ses ports au commerce dé toutes lés liâtiohs ; il y avait rétabli l'ordre, le travail, et protégé les hommes des trois couleurs dans soft armée; coiîinié sur les habitations redevenùes riches et florissantes.
Cegrand homme, inculte, attentif à notre Révôhîtion, en avait imité les dernières phases. Il s'était fait déclarer Gouverneur Général, d'abord pour cinq ans, et ensuite à vie, par une assemblée coloniale. Eh même temps, nous laissant en France ses enfants en otages, dans les mains de Vincent son envoyé , il avait protesté de sa soumission à la métropole.
On eût peut-être du, ou accepter cette suzeraineté, ou se servir contre ce nègre du parti mulâtre; mais