CHAPITRE V
lie rOrangerie, nos rondes de nuit surprenaient un assassin debout et collé contre la statue que portait ce piédestal.
Un jour entre autres, lun de ces officiers, plus inquiet que de coutume , me demanda si je n avais pas vu, par la CEoisée du salon de Mars, mon poste habituel, un honmie d'une large et courte carrure , les yeux couverts de noirs sourcils , la figure sinistre, et dont la forte tète était engoncée dans les épaules. Ce signalement était celui de Georges Cadoudal. On assurait, disait-il, que ce chef de conjurés était venu reconnaître, luimême , ce côté d'un accès facile et de plain-pied de lappartement du Premier G>nsul. Je me souvins en effet d'avoir vu rôder de ce côté une figure à peu près semblable. Mais alors le complot de Cadoudal était plutôt une supposition qu'une certitude. On ignorait encore que, le 22 août i8o3, un bâtiment de la marine royale anglaise avait jeté sur nos côtes ce géaëral de chouans avec une partie de ses complices; qite, en décembre i8o3 et en janvier i8o4, MM. de Rivière et de Polignac , Pichegru , et d'autres conjurés, avaient suivi les pas de Georges; et que déjà tous , au nombre d'environ quarante , étaient réunis et cachés dans la capitale.
En effet l'Angleterre étonnée s'était, pour la première fois, alarmée pour elle-même ! Son gouvernement , dans son anxiété croissante , après lavoir armée tout entière , s'était abandonné à tous les moyens de salut qu'on lui offrait , même au plus coupable , à un assassinat ! Préméditation , soudoiement , commencement d'exécution, rien ne manqua à Fodieux d'un
HIST. ET MÉM. — T. II. Jû
projet aussi criminel : le voici tel qu'il se déroula successivement , sous nos propres yeux , dans sa plus triste nudité.
Pendant que^ avec double solde anglaise, nos émigrés allaient recevoir, le i4 janvier i8o4, du Cabinet de Londres et du Prince de Q^ndé , Tordre secret de se rassembler sur lés bords du Rhin , où, par un malheureux hasard , le duc d'Enghien se trouvait alors, d'autres émigrés français , la plupart partis de Londres , ou venus de la Bretagne , au nombre d'environ cent conjurés, devaient s'éti'e glissés jusque dans Paris. La mission de ceux-ci , payée d'un million anglais qu'on saisit sur Georges Cadoudal, l'âme du complot, était de se déguiser sous des uniformes de notre Garde , de se poster sur la route de Saint-Cloud ou de Malmaison, d'attaquer, au milieu de son escorte d'environ douze hommes, le Premier Consul, et de le tuer dans ce guet-apens!
Cet assassinat de grand chemin avait été décoré du nom de combat ! Grossier subterfuge si aveuglément accepté par le Comte d'Artois , qu'il envoya ses aides de camp faire ainsi leurs premières armes , et même son second fils le Duc de Berry! Celui-ci, qu'excuse sa jeunesse, n'échappa au crime et à ses conséquences, dans cette même ville où il devait, un jour, périr par un attentat aussi odieux , que parce que , au moment de débarquer à son tour au pied de la même falaise qu'avaient escaladée ses complices , un signal le prévint que le complot était éventé.
Quant au résultat, on s'était abusé jusqu'à compter sur l'armée française! Erreur d'émigrés, fondée sur