‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 120 sur 257 · CHAPITRE VI. 2^b · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 2^b

tance serait vaine ! » Par une même fatalité le Duc , se Jaissant désarmer, s'abandonna à ce funeste conseil.

Dès lors, la porte ayant été ouverte, on s'empara

des lieux , des gens et des armes. Cependant Chariot ,

parvenu devant le Duc, lui avait demandé son nom.

« Vous devez le savoir, » lui répondit-il. Sur une se-

oonde interpellation il ajouta : « N'avez-vous donc

«c pas mon signalement? » Le Bailli venait d'accourir;

le commandant lui renouvela la même question;

et ce magistrat, après un premier refus, finit par

nommer le Prince.

En ce moment quelques cris d'alarme se firent entendre. Les instructions attachaient tant d'importance à la. prise de Dumouf iez, que, à ce bruit, Chariot , guidé par Pfersdorf, quittant son illustre et malheuî*eux prisonnier, courut à la maison qu'on disait occupée par ce général. Le premier personnage qu'il rencontra ftit le grand veneur de Bade. Il s'en débarrassa en répondant à ses exclamations par une défaite. Mais l'alarme croissait ; un habitant se précipitait vers l'église ; ^1 criait : Au feu l II allait sonner le tocsin, quand le Commandant, l'apercevant, l'atteignit et , le frappant ^^ son sabre , le détourna de son entreprise. A quelques pas plus loin d'autres habitants , émus d'indigna- ^*<^nà la vue des Français en armes chez leur Souverain, ^^ rassemblaient ; il les calma. « On n'en voulait , leur ^^' dit-il, qu'aux émigrés. Le Gouvernement français ^ était d'accord avec leur Prince ; ils allaient en rece- '^^Voir l'avis; leur devoir élait de rester tranquilles. » ^ïï le laissa faire. Mais, au lieu de Dumouriez, il ne ^^isit que le général marquis de Thumery, dont le

nom mal prononcé avait été cause de la méprise.

Revenu près du Duc, il interrogea Grunstein ; et le Prince, s'oubliant pour le défendre, dit au commandant : tf Sans lui j'allais vous tuer; vous lui devez la « vie! »,Puis, par regret sans doute de s'être rendu, il tombait dans un silencieux accablement, lorsque, voyant saisir ses papiers , il plaça ses deux mains dessus en s' écriant : « Ne soyez point étonné. Monsieur ; vous « allez voir la correspondance d'un Bourbon , d'un « Prince du sang de Henri IV ! » Et comme les lettres de la Princesse de Rohan n'étaient pas épargnées , il ajouta : <c J'espère que vous mettrez toute la discrétion « possible pour ce qui ne regarde pas le Gouverne- (c ment. » Enfin , lorsqu'il eut subi toutes ces douleurs, et que les gendarmes vinrent rendre compte de l'inutilité de leurs recherches ultérieures , s'apercevant avec surprise que Dumouriez en était l'objet , il reprit : « Je « vous donne ma parole d'honneur qu'il n'est point (( ici. Il se peut que Dumouriez soit arrêté avec des t( instructions de Sa Majesté pour moi, mais je ne l'ai « point vu et j'ignore où il peut être. »

Il fallut alors que l'infortuné Prince se laissât entraîner prisonnier, au milieu de nos soldats, avec les généraux Thumery et Grunstein, le lieutenant Schmide, deux abbés, un secrétaire et trois domestiques. Il traversa ainsi à pied Ettenheim jusqu'à la porte de ce bourg , où , reçu par Ordener, il fut placé sur un chariot de paysan précipitamment attelé. On se mit aussitôt en marche pour regagner le bord du Rhin. Un bivouac de cavalerie y était établi; en l'apercevant le Prince s'écria : « Il parait qu'on attachait une grande

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