CHAPITRE II
Napoléon partit de Munich le 28 octobre. Ce jourlà rinn fut forcée à Wasserbourg. Le lendemain cette
418 LIVRE DIX-NEUVIÊME.
froniière était franchie sur tous les points ; Saltzbourg à droite était prise, Bràunau au centre^ Pas^u à gauche jrAutrichë, la Bohême étaieùt envahie; le Danube s'écoulait captif entre nos colonnes, et sotis une flottille dont rÈmperëur venait d'ordonner qu'on chargeât ce fleuve. ' ^
Jusque-là nos adversaires étaient cliangés , et non la fortune. On ne tarda pourtant pas à s'âpèrcèvéir qu'on allait avoir affaire a d'autres homnies. C'étaient quarante mille Russes, sous Kutusow et ses lieutenants- Bagratioh et Miloradowitch , noms, que 1812 et rios^ malheurs ont rendus célèbres. Nation pleine d'ellemême, par isolement, ignorance et superstition ; d'unesusceptibilité inquiète pour sa civilisation d'emprunt,— superficielle encore ; mais fortement constituée d'<M*— gueils de maîtres et de dévouements d'esclaves. Leursi^ chefs ont l'instinct de la guerre : ils y sont vifs, prompts^ et résolus; et l'opiniâtre , l'aveugle ténacité du soldat:^ n'y manque jamais au général.
Vingt mille Autrichiens, sous Merfeldt et Kienmayer,-^ étaient réunis à Kutusow : soixante niille hoihmescontre cent soixante mille ; la résistance était impossible : aussi n'avait-elle été que simulée. Braunau ellemême, ville forte, bien armée et approvisionnée, nousavait été abandonnée sans coup férir. On ignore si Cefut négligence ou découragement des Autrichiens , oa si leurs généraux qui ne font rien sans ordre n'ea avaient point reèu de leur Coiîseil Aulique, toujourslent à se décider. Frappé de stupeur, ce Conseil s'était laissé surprendre ainsi , le 3o octobre , par une invasion à laquelle, depuis le 6, il devait s'attendre.
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La joie de rEmpeFeur^ à celte noiwelle ioatteadue^ fut^gcalide; il accourut de Muhidk)rf dans Braunau, et fit sur^e-champ de cette citadelle la principale base de son ûruption sur Yieimnet .
Ce jour-<lày et le lendemain Si, nos a^ant-gardes^ sous Kellermann à droite, sous Murât et Dayoqt au centre, et souâLannes à gauche, emportées par Tar^ deur de ^aincre^ atteignirent^ et entamèrent reonemi , Hune À Passling, lès autres à Ried^ puis k Lembach, et la troisième jusqu'en vue de Lintz; et ces maréf^Ux ^t ces gënéraioa: continuaient, ils devançaient TEmpereur ; il»s!irritaient,,ils s'indignaient, de tout essai de résistance des yaincus, comme d'un acte d'insubordihalion ou de révolte ! Défilés abrupts , ponts rompus, dbemins défoncés, affluents du Danube, fatigues de n^arches de dix à quinze lieues, rien narréta. Dès.le 5 novembre, dépassant toutes les prévisions de Napoléon, qui, supposant les alliés réunis sur TEnns, avait voulu rallier et faire reposer ses corps d'armée derrière la Tiraun, nos têtes de colonnes avaient arraché aux Austro^Russes six- mUle tués et prisonniers , et la Traun, et la Haute- Autriche d'Enns à Steyer^ et l'Enns ellemême !
A Steyer, dernier terme de la gloire de Moreau , et dont le pont était brûlé, on avait vu les carabiniers de Davout passer FEnns , un à un, sur une poutre et sous une grêle de balles et de mitraille. Ils s'étaient ralliés successivement, sur l'autre rive, sous les retranchements autrichiens ;' puis s'élançant , ils en avaient débusqué l'ennemi en- lui enlevant plus de prisonniers qu'ils n'étaient d'assaillants eux-mêmes!
La veille de cette action rEmpereur était arrivé de Lembach à Lintz. Il s'y arrêta cinq jours. Ce séjour fut fertile, pour lui, en agitations diverses. Et d'abord, à un quart de lieue de la porte de cette ville, un cruel incident, rare dans notre armée, ou la fraternité d'armes et d'origine entre le soldat et Tofficier et une intel^ ligente émulation facilitent la discipline^ l'avait frappé d'une horreur dont sa première parolç fut l'expression manifeste. Il dépassait au galop,. en la prolongeant sur son flanc gauche, une colonne d'artillerie légère j lorsque à vingt pas en avant de lui , il vit un artilleur redresser d'un air menaçant la tète , que, au même instant et d'un furieux revers de sabre, son capitaine abattit presque entièrement : elle pencha sur l'épaule de ce malheureux, qui, répandant un torrent de sang, tomba à terre. A cet affreux spectacle Napoléon pâlit ^ s'élança d'un bond de son cheval, et s'écria : ce Ali! « qu'avez-vous fait là, capitaine? — Mon devoir! i< lui répliqua rudement l'officier ; et, jusqu'à ce que a je sois tué par un de mes soldats, ajouta-t-U hau- (c tement en les regardant en face ; je tuerai ainsi ceux a qui oseront manquer à leur cgipitaine ! » L'Ën^perçur, frappé de cette énergie, demeura un instant muet; mais bientôt, dominant son éniotion , il reprit d'une voix ferme : « S il en est ainsi , vous avez bien « fait! vous êtes un brave officier! vous comprenez ce votre devoir! Voilà comme je veux qu'on serve! y^ Puis , continuant sa marche , mais lentement et au milieu d'un morne silence que ces paroles avaient imposé, il entra soucieux et au pas dans Lintz, ,
Mais d'autres émotions et préoccupations l'atten-