CHAPITRE
à celle dislance, on ne peut distinguer là sale misère des liabilanls. Le gîle féodal el élevé de Bisignano, ville de trois mille âmes, nous recul av^nl la nuit.
Le jour suivant nous remontâmes la fertile vallée du Crali à Tombre de vergers, de vignes, et sous des quinconces d'oliviers, de mûriers el de figuiers jusqu'à la capitale de la Calabre cilérieure. C'était Cosenza, jadis tombeau de la sœur de Didon! Le grand Alaric y mourut. Elleétail la capilale des Brutiens. Cette ville, bâtie à fleur d'eau, est en cela presque unique en ce pays. Elle est défendue, ou plutôt contenue , par un vaste château situé sur un tertre. De hautes montagnes, de l'aspect le plus sauvage, la resserrent de trois côtés. Son commerce en manne, en réglisse, et surtout en huile et en soieries , nous parut bien languissant. Elle se vantait d'être peuplée de neuf mille habitants, dont plusieurs avaient des fortunes de quarante mille francs de rentes.
Les prisons y étaient combles de "brigands et de condamnés à mort; malheureux, que les abus de la féodalité avaient conduits à la misère, de la misère au vol et au meurtre, et que Tincurie ou le découragement de Tinforme justice de ce pays laissait pourrir dans des cachots insuffisants pour un si grand nombre de criminels.
Toute la population de cette capitale et des environs, parée, ravie, transportée, sans savoir pourquoi^ d*une joie aussi vraie qu'invraisemblable, s'était précipitée au-devant de nous, faisant relentir l'air de ses acclamations, nous tendant les bras, et invoquant Dieu et tous les saints pour leurs nouveaux maîtres ! Or
îl n'y avait pas cinq jours que ces peuples eussent massacré noire garnison, si le général Verdier, après plusieurs combats sanglants, en écrasant l'insurrection qui les environnait, ne les eût dégoûtés de s'y joindre. Mais sa victoire et la présence du Prince avaient exalté en notre faveur leur imagination mobile. Elle s'épuisa en témoignages d'un dévouement que deux mois suffirent à transformer en transports contraires et si féroces, qu'on ne put les vaincre qu'à force de sang et de supplices.
On comprend que , dans le petit nombre qui formait la classe aisée, toujours plus en vue, plus prudente, plus satisfaite, et qui n'a guère qu'à perdre aux bouleversements, il y eut, dans l'une et l'autre alternative, plus de mesure, mais bien peu. Plusieurs de ceux-là pourtant en gardèrent assez, dans la réaction sanglante qui survint bientôt, pour se voir associés à nos infortunes.
Le surlendemain nous nous élevâmes , de Cosenza à Scigliano, sur les hauteurs rudes et abruptes du Brutium, jusqu'aux sources du Savuto qui verse ses eaux dans le golfe de Sainte-Eupliémie et dans la mer Tyrrliénienne. Ces montagnes étaient couvertes de grands châtaigniers greffés, de chênes et d'arbres verts. Elles étaient peuplées, de ce côté, d'environ quinze mille âmes réparties en douze bourgs et villages : ces peuplades composaient les guerrières, les orgueilleuses et singulières confédérations dites de Rugliano et de Scigliano. L'attitude, les costumes, les mœurs et usages de ces populations , étaient remarquables. Ces Calabrois, d'une taille haute, svelte et vigoureuse, le teint