CHAPITRE
basané, l'œil vif, le regard fier, et le cothurne antique à leurs pieds, étaient accourus; ils bordaient le chemin sur noire passage. JDeux pistolets petidaient à la ceinture de chacun d'eux, ceintura de cuir pleine de cartouches placées par devant. Quelques-unes de ces bandes, bien alignées, avaient leurs fusils couchés à terre, en arrière d'elles. Quand nous en demandâmes la cause, ces montagnards nous répondirent, avec une simplicité plus menaçante qu'ils ne pensaient : « Que « c'était pour nous rassurer, et pour nous montrer « qu'ils ne voulaient pas en faire, contre nous, un te mauvais usage ! a
Plusieurs de ces villages avaient essayé de résister à noire première colonne : Régnier les avait exécutés mililairement* Lorsque, sur les cendres de leurs habitations, et près de leurs églises restées seules debout, les débris de ces populations décimées nous aperçurent, femmes, enfants, vieillards couronnés d'épines, tombèrent à genoux en se frappant la poitrine avec des cailloux, à grands coups retentissants. Ces malheureux, encore terrifiés, imploraient merci ; ils craignaient un redoublement de châtiment, que, tout au contraire, nous ne songions nullement à leur infliger, fort heureux de leur soumission au milieu de sites et -de peuples aussi sauvages 1
Quant à Rugliano et Scigliano même , gros bourg que l'on n'atteint et dont on ne sort que par des montées laborieuses et des descentes tournoyantes, restés intacts et satisfaits d'avoir abandonné sans hésitation leurs anciens maîtres, leurs habitants nous accueillirent joyeusement , mais toujours militairement. Nous
les trouvâmes rangés sur une double haie , et tous armés jusqu'aux dents, de poignards, de bons fusils uniformes et de pistolets bien éclaircis. La joie guerrière de leur caractère ardent et mobile s'exprima par des feux cent fois répétés de toutes leurs armes, et par les bruyantes explosions de leurs boîtes de fonte, que multipliaient les échos de ces montagnes. Il y eut aussi des feux d'arlifice assez habilement préparés, car ils y sont experts; ils savent couler eux-mêmes leurs balles, fabriquer leur poudre, leurs cartouches, et répare.r le bois et la platine de leurs fusils, auxquels ils tiennent comme à leur plus chère propriété.
Dans cette journée du i3 avril Joseph Bonaparte^ qu'un décret de Napoléon venait d'élever au rang de Monarque des Deux-Siciles, se prêta complaisamment aux manifestations de dévouement de ces redoutables montagnards. La religion consacra ces serments au milieu du singulier spectacle de leurs prêtres et de leurs chantres couronnés de lauriers, comme les païens leurs ancêtres. En même temps une troupe de filles et de femmes, les cheveux tressés et relevés à la grecque, avec de longs voiles pendant en arrière jusqu'à terre, et vêtues de tuniques pareilles encore à celle sous laquelle Clytemnestre est représentée, jonchaient de fleurs ce sol pierreux sous les pas du Prince !
Parmi nous les plus observateurs, étonnés de ces démonstrationSjs'efforçaient d'y trouver d'autres causes que le goût de la nouveauté et l'attrait de la victoire. Us remarquaient le zèle du clergé et d'une innombrable foule d'ecclésiastiques qu'ils voyaient végéter dans la misère ; ils cru^'Ciit que la Reine Caroline venant d'é-