CHAPITRE VUI
tout ce qui les étonne, tout ce qui est rapide et audacieux, c'est lui ! Et son nom vole de bouche en bouche. Ils lui prêtent mille propos, noille actions bizarres qui les enchantent , dont ils charment la fatigue des marches ou Tinsonanie du bivouac; et le lendemain, quand ils seront lancés contre Tennemi sous ses yeux, dans leur foi en lui, s'acharnant, ne doutant de rien, leurs blessés, les mourants même tomberont assurés de la victoire !
Quanta lui, au milieu de ses ardentes investigations, et tout entier au moment présent et à l'action qui se prépare, un courrier ennemi qu'on vient de saisir et des prisonniers lui apprennent que, il y a trois jours, le 4 juin, Masséna, après quarante-cinq jours d'une lutte désespérée, contre l'armée autrichienne, contre une flotte anglaise, contre une famine effroyable, et toute une population de cent cinquante mille âmes exténuée de faim , écrasée de bombes, vient enfin de capituler dans Gênes , mais fièrement, mais libre d'en sortir à la tête de six à sept mille squelettes affamés, emportant, au travers des respects et de l'admiration des rangs ennemis, leur gloire entière et toutes leurs armes 1
Leur dernier moment était venu ; sans quoi deux jours de résistance de plus, et ils eussent été délivrés : d'un côté par l'arrivée de Bonaparte au delà du Pô qu'il remontait, de l'autre par le retour victorieux de Suchet dans la rivière de Gênes. Celui-ci, après plusieurs combats et la bataille d'Oneille, dans sa vigoureuse et lente retraite, avec cinq mille hommes seulement contre vingt mille, jusqu'au pont du Var,
s'était retranché sur notre frontière. Là, s'aidant des gardes nationales et des télégraphes, il avait repoussé trois assauts des Autrichiens sous le feu d'une escadre anglaise ; puis à son toiîr , le 28 mai, reprenant l'oflensive contre leur retraite, il les avait à la fois poursuivis en queue sur le littoral, et coupés en tète parles hauteurs. Le 5 juin, jour de la capitulation de Masséna , il était arrivé à deux marches de Gênes , en leur enlevant trente canons et plus de deux mille hommes.
C'était là que l'héroïque Masséna , sorti le dernier et seul de Gênes, sur une barque avec le pavillon tricolore, au travers des feux de l'escadre anglaise , l'avait rejoint ainsi que sa brave garnison, et qu'il s'était aussitôt , avec lui et Gazan , porté sur Acqui , menaçant encore les derrières de l'armée autrichienne. »
Ainsi, Mêlas avait lâché prise sur la Provence. Les mêmes nouvelles le disaient revenu , au bruit du passage du Saint-Bernard, dans Turin; et que là, d'abord incrédule, puis incertain, puis enfin troublé et déconcerté en voyant l'Italie prise en arrière de lui , il ralliait les siens, faisait volte face, et comptait vainement que son corps d'armée de Gênes, abandonnant dès le lendemain sa fatale conquête , descendrait encore à temps de l'x^pennin sur le Pô pour lui conserver, avec la rive droite de ce fleuve, une dernière voie de retraite.
C'étaient donc les colonnes autrichiennes, tardivement revenues de Gênes, que notre triple passage venait de prévenir et de renverser à Plaisance et devant Pavie ; c'était le général Ott lui-même, avec son corps de siège enfin réuni , que, le 8 juin au soir, Napoléon voyait rangé en bataille devant lui, en avant de Mon-