CHAPITRE VïlI
tebello, et en travers de la grande route de Turin par Voghères, Tortone et Alexandrie. Faute née de la preniière, car elles s'engendrent : l'ennemi surpris et tourné, au lieu de se rallier en masse, s'offrait à nos coups en détail.
Aussi, dès le lendemain 9 juin , Bonaparte, avec le lieutenant général Lannes, sans attendre. le reste de ses divisions qui passent encore le Pô, écrase ce corps détaché; il lui arrache avec la victoire de Montebello, six canons et huit mille hommes ; après quoi il s'arrête deux jours à Stradella, pour y rallier ses diviisions et briser les efforts de Mêlas, si ce général osait tenter de lui passer sur le corps en dépit de la forte position qu'il vient d'y prendre, Là, d'ailleurs, il se trouvait également à portée , ou du Tessin ou de Crémone , pour prévenir Mêlas sur toutes les voies de salut qu'il pourrait tenter.
Ce fut là que Desaix vint le rejoindre,, Desaix , le Bayard de notre armée! Général habile, guerrier sans peur, homme sans reproches ! Son amitié tendre et dévouée pour le général en chef qu'il connaissait bien, était, de tous les éloges le plus complet qu'on put faire de Bonaparte! Desaix arrivait d'Egypte le cœur navré des fautes qu'il y avait vu commettre , et plein de colère contre lord Keith dont il venait d'élre le prisonnier. Cet amiral l'avait assimilé, pour la ration et pour le reste, aux matelots pris avec lui, prétendant qu'ainsi il n'agissait que conformément aux nouveaux principes de la France ! 11 savait pourtant bien que l'absurde maxime démagogique d'une égalité brutale, ravalée au niveau des dernières classes , n'avait ap-
partenu qu'aux saturnales de 1793 et à nos conventionnels.
Tout ce qu'on a dit des premiers transports de joie de ces deux hommes célèbres en se retrouvant réunis et de leurs longs épanchements pendant une nuit entière, est vrai, Mais que de douleurs les récits de Desaix durent apporter à Bonaparte ! On sait que, aussitôt après son avènement du 1 8 Brumaire , une dépêche calomnieuse de Kléber et des publications du cabinet de Londres qui en avait surpris le duplicata , lui avaient appris que, à son départ mal compris, malgré ses confidences à Menou et ses instructions à Kléber, une amère indignation , suivie d'un profond découragement, s'était emparée de l'armée d'Egypte. Parti sans argent il l'avait laissée victorieuse et forte de vingt-neuf mille hommes approvisionnés de tout abondamment ; et il avait vu que Kléber, mal conseillé, l'avait dépeinte au Directoire réduite à quinze mille hommes nus, désarmés, manquant de tout , et abandonnés lâchement par la désertion de leur général en chef empor- . tant, avec deux millioos qui leur restaient , leur fond de caisse !
J'ai dit avec quelle sagesse généreuse le Premi^ Consul avait répondu à ces odieuses calomnies par des instructions nouvelles pleines d'éloges et d'encouragements. Mais Desaix venait de lui apprendre que, en dépit de sa résistance secondée de celle de Menou et de Davoust, Kléber, cédant à l'empressement de revoir la France, avait, par la honteuse capitulation d'El- Arisch , abandonné la conquête à quatre-vingt mille Turcs commandés par le grand vizir.