‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 29 sur 257 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

a sa gauche vers Castel-Ceriolo, et balaya ^ de sa nombrjBuse artillerie, les bords du ruisseau disputé. De notre côté Lannes, se, rapprochant de Marengo, était alors entré en ligne à la droite de Victor. Cette fois Marengo fut emporté, puis repris par nous, et enfin ressaisi par l'armée autricliienne. En ce même moment et par delà notre droite, vers Castel-Ceriolo resté sans défenseurs, Lannes et Watrin se virent débordés, tandis que, vers Stortigliona^ malgré les efforts d'abord victorieux de Kellermann , notre gauche sous Chamberlhac, foudroyée à découvert, s'en fut en désordre.

Cependant, à Torre-di-Garafolo , au bruit de ce combat inattendu, et sur les avis qu'il reçoit de I^annes et.de Victor, Bonaparte vient d'envoyer en toute hâte, d'une part rappeler Desaix, de l'autre la division laissée à Castel-Nuovo. Mais quelle qu'eût été sa promptitude, il était plus de dix heures lorsqu'on l'aperçut accourant à toute bride avec trois cent soixante chasseurs et grenadiers à cheval de sa garde, suivis de loin, au pas de course, parla division Mounier et neuf cents grenadiers à pied de la garde consulaire. En arrivant il voit, à sa droite et à son centre, Castel- Ceriolo et. Marengo perdus, sa gauche en déroute, et les restes de Rivaud, ainsi que les quatre demi-brigades de Lannes et de Watrin , poussés de front, débordés à gauche, et près d'être enveloppés, à droite, par l'infanterie du général Ott et par une cavalerie nombreuse que n'avaient pu arrêter quelques escadrons refoulés sur les bataillons carrés de Lannes.

Autour de lui on ne pouvait concevoir comment, sans abri, sans appui , et rejeté dans une aussi vaste

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plaine dont la clef venait de lui être arrachée , il pourrait attendre ses renforts et se défendre, tout un jour, avec douze à quatorze mille baïonnettes et deux mille cinq cents sabres encore ensemblfî, contre trente-cinq mille fantassins et mille chevaux ennemis victorieux. Mais déjà, et d'un premier coup d'œil calme et ferme^ au milieu d'une situation aussi soudainement désespérée, Bonaparte, voyant son ordre de bataille, la gauche en avant , ainsi renversé , venait d'en concevoir un autre tout contraire. C'était à plus d'une lieue en arrière de la gauche, vers San-Juliano , qu'il pouvait espérer l'arrivée tardive de Desaix à la tête de cinq mille hommes, et c'est du côté tout opposé, en avant et à son extrême droite , dans Castel-Ceriolo , qu'il voit son point d'appui, le pivot de sa manœuvre. lï faudra que Mounier s'en empare , qu'il s'y enracine , pendant que, de ce point fixe et de son aile droite jusqu'à sa gauche, sur la grande route de Voghères, lui y Lannes, les restes de Victor et sa cavalerie , disputeront et céderont peu à peu la plaine jusqu'à San-Juliano, où l'arrivée de Desaix lui permettra peut-être de reprendre l'offensive.

Son parti pris ainsi et sur-le-champ , on le vit , à la tête de son escorte, parcourir les rangs de Lannes et de Victor, encourager le combat, et d'abord contenir assez longtemps l'ennemi pour donner le temps d'arriver à Mounier et à sa garde. Dès lors , et vers onze heures , exécutant son admirable conception, il pousse, au travers des charges de la cavalerie autrichienne, en avant à droite sur Castel- Ceriolo bientôt ressaisi , Mounier et ses deux demi-

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