‹ Histoire et mémoires (volume 4)Chapitre 30 sur 257 · CHAPITRE !X · texte numérisé non relu

CHAPITRE !X

brigades; en arrière à gauche de Mounier, et dans la plaine, il place en bataillon carré, « tel qu'un bastion « de granit, » comme lui-même l'appela, les neuf cents Tieux grenadiers de sa garde. Il a fait dé ces deux points fixes la tête et le pivot de sa nouvelle ligne de bataille. Puis , lui-même avec sa cavalerie et la troisième demi-brigade de Mounier, revenant aux quatre demi-brigades de Lannes qu'il ne quitte plus, il rétablit au centre le combat, il protège la retraite de Victor, en disposant en échelons ces cinq régiments qui se refusent de plus en plus, jusqu'à leur extrême gauche, par delà la grande route.

Il était midi. Ce fut là que, pendant six heures entières de la lutté la plus acharnée, lui, Lannes surtout, puis Victor avec Gardannes, continrent, sous la mitraille de quatre-vingts pièces autrichiennes, les charges multipliées de l'ennemi* Tantôt Napoléon les repousse, tantôt il cède du terrain , mais lentement , méthodiquement, en pivotant sur sa droite qui demeurait inébranlable, et en reculant avec le reste, en ligne oblique, comme sur un champ de manœuvres, pas à pas et en bon ordre.

liOngtemps on le vit lui-même, en tête delà sixième demi-brigade légère, commander les feux; puis cinquante pas de retraite seulement; après quoi, s'adressant au chef de ce régiment, on l'entendait lui dire : « Allons, Maçon, il en est temps, volte-face et recom- « mençons les feux ! » Je tiens ce détail de Maçon lui-même.

11 était près de cinq heures lorsque Desaix arriva seul de sa personne avec quelques officiers. En ce

moment le Premier Consul, arrêté sm» un point dominant, murmurait entre ses dents un air du Prisonnier ^ opéra alors en vogue, en fouettant la terre de sa cravache avec une impatience convulsive, ce qui était pour lui le signe d'une contention d'esprit violente. En même temps il envisageait tout le champ de la bataille. Notre droite tenait toujours ferme; mais la gauche de notre ligne, quelque lente qu'eût été sa retraite, approchait de San-Juliano. La division Chamberlhac, de cinq mille deux cent quatre-vingt-sept hommes, était entièrement désorganisée : ses fuyards et une foule de blessés couvraient la plaine à la droite de la grande route , et la grande route ellemême. Merlin, aujourd'hui général de division , alors aide de camp de Bonaparte, dit encore qu'une charge de trois escadrons autrichiens eût suffi pour ramasser sur ce point des milliers de prisonniers, et qu'il en est encore à concevoir ce qui empêcha l'ennemi de l'effectuer.

(c Eh bien! dit Napoléon à Desaix, vous voyez « une belle échauffourée ! Et votre division? » Desaix répondit qu'elle ne pourrait guère entrer en ligne que dans une heure. Il fallut attendre en combattant; et encore, je dois ici le dire, puisque je tiens ce détail de plusieurs témoins , de Lebrun entre autres , alors aide de camp de Napoléon et détaché près de Desaix, pour que cette division pût arriver à temps , il fallait que le ciel se fût manifesté ! L'étoile de Bonaparte avait voulu que, la veille au soir, la haute Bormida gonflée eût arrêté la marche excentrique de Desaix. Il s'était d'abord obstiné à la passer, mais plusieurs

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