CHAPITRE y
à ne plus garder de ménagements. A sa sortie de ce Conseil son agitation était extr.éme. Je me souviens que, en retraversant la salle des Gardes, il se tourna vers moi, et que, d'une voix haute et singulièrement animée que les grenadiers durent entendre, il s'écria : <c Moreau ! M oreau est du complot ! £n voici la preuve ! d et il me montrait , et agitait en Tair en même temps , des papiers dont sa main était remplie !
Dèsce moment tout devint public : Moreau, Georges, Pichegru, et leurs complices, furent accusés d'attentat à la vie de Napoléon et de haute trahison contre la France. Le cri d'indignation , les protestations de dévouement des Corps de l'État et des chefs des différentes armes furent unanimes; mais une partie de l'armée , et surtout des états-majors attachés à la gloire de Moreau , s'obstina à croire plutôt à la haine jalouse du Premier Consul qu'à la complicité du vainqueur de Hohenlinden. Cette opinion eut de l'écho dans les Chambres et dans le peuple.
Moreau arrêté , accusé , livré à la justice et défendu par l'incrédulité publique , il devenait plus que jamais indispensable, pour prouver l'accusation, de s'emparer de ses principaux complices ; et cependant ni Pichegru , ni Georges , ni Rivière et les Polignac , n'étaient saisis! Ainsi compromis avec la Révolution elle-même, par la Contre-Révolution, Napoléon s'irrita, et se décida à n'épargner aucun moyen pour faire éclater la vérité aux yeux de toute la France. C'est alors que le jury fut suspendu ; le recel des conjurés , déclaré crime de haute trahison , et leur dénonciation imposée sous peine de six ans de fers. C'est alors encore que.
tout à la fois , la garnison y la Garde entière furent mises sur le pied de guerre; que tous les signalements leur furent donnés ; que les barrières de terre et d'eau y rigoureusement closes, furent confiées à leur yiffr lante surveillance y et que Paris , complètement cerné jour et nuit de postes y de bivouacs et de vedettes fixes et mobiles , fut livré intérieurement à toutes les plus ardentes investigations de la police.
Toutefois y pendant douze jours encore y tout cela fut inutile. Pichegru traqué , souvent dépisté , trouva chaque nuit, et jusque dans la pitié deBarbé^MarboiS| qu'approuva plus tard la générosité du Premier Consul, des asiles courts mais secrets. Ce fut le 28 février seu- ]\3ment que y enfin trahi, et surpris endormi , dans une maison de la rue Chabannais , par six gendarmes d'élite , il fut saisi. La lutte fut vive ; une pression violente , sur la partie la plus sensible du corps de ce conjuré , la termina en lui faisant perdre connaissance.
Quant à Georges Cadoudal, dépisté ausd, fuyant dans un cabriolet, le 9 mars, vers sept heures du soir, poursuivi et atteint dans le carrefour de Bussy, il tua deux hommes avant de se rendre au peuple qui se jeta sur lui. Il ne dénonça personne, mais il compromit autant ses associés en déclarant franchement qu'il était venu dans Paris pour attaquer et tuer le Premier Consul.