‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 141 sur 311 · CHAPITRE VI. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 2S

quarante , avaient été arrêtés munis de passe-ports y armés de poignards , et chargés de l'or de l'Angleterre. L'un d'eux encore venait de se rendre justice par le suicide. Les principaux conjurés , pressés d'échapper à l'odieux aveu d'une tentative d*assassinat par celui d'un essai de contre-révolution , déclaraient tous qu'ils avaient attendu y pour la faire éclater, la présence d'un Prince du sang de Bourbon dans Paris même. Savary et ses gendarmes d'élite avaient en

vain guetté le débarquement de celui-ci sur la falaise de fiiville. D'autre part des espions à double face livraient au Premier G>nsul les correspondances des résidents anglais les plus rapprochés de la France. Toutes excitaient non-seulement à une révolution , mais au meurtre de Bonaparte! Il était avéré que Drake à Munich , Smith à Stuttgard y et Taylor à Hesse- Cassel y payaient 9 du même or anglais donné aux conjurés envoyés de Londres en France , les émigrés armés qu'ils appelaient siu* notre frontière. Enfin y malgré les avis de son père y et les supplications de ses officiers les plus dévoués, le Duc d'Enghien s'obstinait à rester dansEttenheim. De ce quartier général, à deux heures de marche de la France , il leur répondait par écrit : « Que là où il y avait du danger, là était le poste d'hon- «f neur pour un Bourbon ! Que , en ce moment , où « • l'ordre du G>nseil Privé de Sa Majesté Britannique « enjoignait aux émigrés retraités de se rendre sur « les bords du Rhin , il ne saurait , quoi qu'il put ar « river, s'éloigner de ces dignes et loyaux défenseurs « de la monarchie française. »

Comment supposer, quand depuis vingt-cinq jours

le complot était devenu public , que ce prince l*ignor&t? Dès lors ne devait-il pas comprendre tout ce qu*avait . de significatif sa présence aux portes de la France , avec d'autres émigrés soldés j armés et réunis par Tordre . de l'Angleterre ^ et à quels soupçons de complicité il s'exposait !

Cependant chaque jour dévoilait de plus en plus à Napoléon Tacharnement de ses adversaires. H s'indignait de se voir mis ainsi par eux , conune hors de la loi des nations , hors de la civilisation européenne , et que les moyens les plus atroces et les plus perfides semblassent permis à leur haine contre ses jours. Son irritation croissait ; l'arrestation des aides de camp des Bourbons ^ associés à Georges y et les aveux de celuici la. portèrent à son comble!

En ce moment son espoir déçu de se saiâri en Normandie, du chef de l'attentat , s'était retourné vers le Rhin. Ce fut alors qu'un rapport de gendarmerie lui confirma la présence du Duc d'Enghien dans Ettenheim ^ et celle d'un général Thumery . Ce nom prononcé à l'allemande (Thoumeriez) aggrava tout. Il fit croire que le Prince était accompagné de Dumouriez. On ajoutait que le jeune Duc avait pénétré plusieurs fois en France ; selon les uns , dans Strasboui^ seulement ; selon d'autres , jusque dans Paris !

Sur ce rapport le Premier Consul s'exaspéra ! « Eh « quoi! s'écria-t-il , en voyant entrer Real, vous ne <c me dites pas que le Duc d'Enghien est à quatre (c lieues de ma frontière ! Suis-je donc un chien qu'on ic puisse assommer dans la rue ! Mes meurtriers sont-ils « des êtres sacrés ! Pourquoi ne m'avertissez- vous pas

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