CHAPITRE VIII
mier Consul^ tant que, en Allemagne^ lestalu 9^0 serait conservé.
Ainsi se préparèrent la troisième et la quatrième coalition contre la France.
Quant à l'Autriche j exclusivement préoccupée du soin de réparer sa ruine aux dépens de l'Allemagne , en abusant du désordre où le bouleversement de la Constitution germanique venait de laisser l'Empire , elle resta muette au bruit de l'attentat d'Ettenheim.
Au milieu de cet isolement universel ^ que venait de créer autour de lui sa cruelle faute , Napoléon , au dehors comme au dedans , demeura inébranlable. Il n'en appela, de ces tristes conséquences, qu'à sa force seule, et au droit de représailles que, à ses yeux, lui 'donnaient tant d'attentats redoublés contre ses jours. Frédéric était devenu , dans ses rapports avec nous , froid et silencieux ; le Premier Consul se renferma , comme lui, dans un froid silence. Avec Alexandre il se montra rude et menaçant. Il lui reprocha , en lui renvoyant son ambassadeur et en rappelant le sien, les perfides machinations de ses envoyés et le meurtre de son père , dont alors les assassins entouraient encore le jeune Prince. Il contraignit le Grand-Duc de Bade à se déclarer satisfait de ses explications sur la violation de son territoire; il imposa silence, sur ce fait, à la Diète germanique; enfin, par quelque^ concessions, mêlées à des menaces vigoureuses, il força l'Autriche à respecter les droits de nos alliés allemands et à rentrer dans ses limites.
En même temps la correspondance des agents anglais de la rive droite du Rhin fut publiée. L'Europe
entière y vit leurs pratiques crimmelles, et eomme ik fomentaient, comme ils soldaient, en France, noiMealement le renouvellement des confiscations et des proscriptions de la Terreur, mais aussi l'assassinat jusque dans le palais du Premier Consul ! Cette publication foudroyante, le silence du ministère anglais , puis ses explications, pires que son silence, excitèreni Tindignation de toute la diplomatie européenne. Ces aveux déhontés , joints à celui de Geoi^es , à ceux de Moreau, aux arrestations, dans Paris, des affidésduPré» tendant, pris en flagrant délit ; la grâce enfin , qui fut accordée, comme on va le voir, à plusieurs de ces cou* pables, atténuèrent, autant qu'il était possible, la réprobation publique que la nuit du ^o au a i mars avait fait éclater contre Bonaparte.
Cependant les horreurs de ce drame terrible n'avaient pas atteint leur terme. Le 5 avril, de onze heures à minuit, Pichegru y joignit un quatrième suicide. C'était Tun des anciens professeurs de Napoléon au collège de Brienne. Le Premier Consul, soit émotion de ce souvenir, soit qu'alors il fût moins irrité contre ses ennemis nés dans la Révolution que contre ceux issus de l'ancien régime , lui avait fait promettre non-seulement sa grâce sans conditions, mais, avec sa réhabilitation, le gouvernement de Oiyenne. L'infortuné avait d'abord hésité; puis, soit fatigue ou désespoir d'une vie flétrie par la trahison , il s'était décidé à en finir. Un long et silencieux effort, sur son lit, au moyen d'un bâton qu'il tourna dans sa cravate de soie, et dont il se serra peu à peu la gorge, le délivra, cette nuit-là même, ou de la honte de vivre , ou de
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ceUe de mourir par un juste et dernier supplice. Le lendemain on le trouva étranglé ; un volume de Sénèque était ouvert près (}e lui : il l'avait marqué à la page où le suicide de Caton est décrit par ce philosophe.
Six semaines plus tard le sort , alors tout entier tourné vers Bonaparte, amenait pour la seconde fois, dans cette même prison, un autre de ses ennemis acharnés, le capitaine anglais Wright , celui-là même qui avait débarqué sur nos côtes Pichegru et ses complices.
Enfin l'instruction de ce grand procès était terminée. Pendant quarante-quatre jours Moreau avait persisté à protester de son innocence , lorsqu'enfin , confronté avec trois de ses complices^ l'aveu de ses entrevues avec Georges et Pichegru lui fut arraché.
Quarante-six accusés comparurent, le lo juin, devant la justice. Us furent jugés suivant toutes les formes les plus protectrices , en face d'un public nombreux, et au milieu des manifestations ardentes, séditieuses même , d'une foule de militaires de tous grades, partisans fougueux de Moreau. Sa culpabilité était flagrante. Néanmoins les juges influencés hésitaient. Une autre influence , ou l'équité les décida , mais à demi. Moreau déclaré coupable , mais excusable, ne fut condamné qu'à deux ans d'emprisonnement! Quatre autres coupables, soit justice ou pitié, furent assimilés à ce général. Vingt et un furent acquittés, et vingt condamnés à mort.
Mous étions, en ce moment, à Saint-Cloud. A la nouvelle de ce jugement, une explosion de fureur éclata
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parmi les généraux qui entouraient le Premier 0>nsul. lis s'écrièrent : Que c'était un déni de justice! Un acte de révoltés ! On parla de mesures extraordinaires contre les condamnés y contre les juges, contre Paris m&ne, qu'on déclarait indigne de son rang de capitale et d'être la résidence du Oief du Gouvernement! Ils eussent voulu la condamnation à mort de Uoreau, certains d'avance , il est vrai , que Napoléon lui aurait fait grâce , mais indignés que le tribunal lui en eut y en prévariquant, arraché l'honneur.
Quant à Napoléon j quel que pût être son mécontentement, il le contint. D'accord avec MoreaU|il fit acheter ses propriétés : elles étaient considérables ; et il exigea de lui son exil en Amérique.
Sur les vingt condamnés à mort, il fit grâce à huit. Nous remarquâmes que, en accordant la vie d* Armand de Polignac aux prières de madame d'Andlau et de la femme de ce conjuré, il s'attendrit, et qu*à leurs larmes il mêla les siennes.
L^une des conséquences de ce complot fut, avec la prorogation des tribunaux spéciaux , le rétablissement dé Fouché au ministère de la police. Napoléon s'en défiait : il l'entoura de surveillants ; il multiplia les contre-polices. L'une d'elles fut confiée à son aide de camp Lavalette, qu'il chargea du secret des lettres. C'était ainsi, et par les curés surtout, disait-il à mon père, qu*il était le mieux instruit ; ajoutant, à l'égard de Fouché, que, s'il l'avait repris, c'était moins pour savoir tout que pour avoir l'air de tout savoir.
J'ai voulu conduire jusqu'à sa fin cet événement tragique. Mais déjà il venait d'en amener un autre