‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 155 sur 311 · CHAPITRE VllI. tèi · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI. tèi

de la plus haute importance. Depuis quatre mois, c'est-à-dire depuis le commencement de février 18049 et dès le pifemier éclat de cette conjuration , une multitude d'ac&resses avaient ouvertement demandé le rétablissement du trône et la fondation d'une dvnastie nouvelle. On-a vu^ cinq jours après le meurtre du dernier rejeton des Condé, la scène pénible du dimanche a5 mars, au château des Tuileries , et le mécontentement du Premier Consul. Et pourtant, deux jours plus tard j ce que Napoléon n'avait pu obtenir de chacun en particulier, il Tobtint de tous ensemble : soit que les consciences, plus fortes et plus pures lorsqu'elles sont isolées et dans leur premier mouvement , s'aflaiblissent par mille considérations lorsqu'elles deviennent collectives ; ou bien que la marche générale des choses d'alors ne put être longtemps entravée par un fait particulier, quelque grave qu'il fût ; soit, surtout, que l'indignation privée et publique eût changé d'objet à la nouvelle avérée des odieuses machinations de l'Angleterre , et que le danger et l'intérêt général, dominant tout, l'eussent emporté.

Quoi qu'il en soit, le 27 mars, le surlendemain de cette scène réprobatrice où les sénateurs surtout avaient figuré , on entendit le Sénat entier, répondant à la communication des correspondances criminelles des agents anglais d'outre-Rhin , dire à Bonaparte : « Vous nous avez tirés du chaos du passé ; vous nous « faites bénir les bienfaits du présent; garantissez- « nous de l'avenir. Grand homme, achevez votre « œuvre, rendez-la immortelle comme votre gloire ! »

La réplique du Premier G)nsul, à cette ouverture

:itf2 LIVRE SEIZIÈME.

officielle , fut mesurée : « Il y réfléchirait ^ « dit il. Eo conséquence le Conseil d'État avait été consulté sur l'établissement d'un gouvernement héréditaire. Vingt sur vingt-sept conseillers l'avaient approuvé. Hais, comme on n'était pas tombé d'accord sur les garanties j mon père avait proposé que chacun écrivit a part un vote motivé. Le sien fut pour TEmpiie avec une Constitution aussi rapprochée que posusible de la Charte anglaise.

D'autre part Joseph Bonaparte et ses âffidés précipitèrent le mouvement universel. Ils alléguaient, entre autres motifs, les vœux impatients de l'armée, et l'importance, pour les grands Corps de l'État, de ne point se laisser devancer par elle. Le a8 avril un tribun , en séance publique, proposa TEmpire, la dignité d'Empereur pour Napoléon , et l'hérédité du sceptre dans sa famille. Dès lors Napoléon , dévoilant franchement son ambition , fit préparer les sénateurs individuelle» ment, par Fouché, à la satisfaire. Le 3 mai, Gamot seul excepté, le Tribunat entier se déclara. Fontanés et ce qu'il y avait de législateurs présents à Paris s'y réunirent. Le Sénat,* le lendemain, ne se contenta pas d'en faire autant ; il disputa au Tribunat la priorité de cette proposition, se vantant d'en avmr, six semaines plus tôt, pris l'initiative. Toutefois il accompagna ce vœu , au milieu de prétentions intéressées , de quelques précautions pour les libertés publiques.

Il était trop tard. Tant de maux réparés, tant d'espoirs comblés, tant de promesses tenues et dépassées, depuis le 1 8 Brumaire, avaient accru la réaction d'alors

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