‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 169 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les mains à ces pbces secondaires de chambellans , de préfets du palais et d'écuyers, les unes honorifiques , les autres assez richement rétribuées. Il y a là anachronisme ; ce fait , alors faux , n'est devenu vrai que plus tard, mais successivement , et après les gloires d'Ulm, d'AusterlitZy d'Iéna , deTilsitt, et de plus en plus jusqu'au mariage de Napoléon avec une Archiduchesse.

La vérité c'est que, en i8o4, à fort peu d'exceptions près portant sur plusieurs nobles obscurs , pauvres et ruinés, et sur d'autres, déjà engagés dans la for* tune civile et militaire de Bonaparte, il fallut d'aix>rd bien des négociations et des séductions de diverses natures, pour attirer et décider quelques noms connus à entrer dans la première composition de cette Cour.

L'Empereur, par politique intérieure et extérieure, ^oit pour Satire accepter sa Cour naissante aux anciennes Cours aristocratiques étrangères, soit pour clore la révolution en hâtant la fusion de toutes les •classes, voulut que, entre des nobles illustrés et des plébéiens, ces nouveaux emplois fussent également partagés. Quant aux nobles , mon père et Talleyrand forent consultés ; Rémusat surtout y fut employé activement. Spectateur, confident aussi des moyens qu'on mit en usage , je fus dans ces premiers temps témoin de bien des refus, et chargé de quelques-uns. J'entendis même, à ce sujet , des plaintes amères. Je me souviens que, en y répondant, j'alléguai mon exemple à l'Impératrice , lui racontant ce qu'il m'en avait coûté pour me ranger sous le drapeau tricolore , puis même pour me décider à entrer dans la maison militaire du

Premier G)nsul. Cette réponse fut si bien comprise par rimpératrice, qu'elle y répliqua par une semUable confidence. C'était l'aveu, comme on l'a déjà vu dans ces souvenirs , de ses combats intérieurs , deses longues répugnances à la fin de 1 796, malgré son goût pour Bonaparte y avant de se résoudre à épouser cdui qu'ellemême appelait, alors, « le Général Vendémuàrt ! »

Napoléon , dans cette entreprise où il réusdt , eut donc, à la fin de cette année i8o4 surtout et dans la suivante , deux esprits contraires à vaincre. En effet l'arrivée, à sa Cour, de ces premiers nobles et leur service de chambellan irritèrent l'inimitié jalouse des officiers presque tous plébéiens de sa maison militaire. Il fallut les dignités bien plus réelles , les faveurs dont ceux-ci furent comblés , et l'inébranlable vobnfté de l'Empereur, enfin les distractions de la gueire , pour faire taire leurs plaintes et contenir leurs emportements. Plus tard ils s'accoutumèrent à ce mélange; les décorations étrangères et les titres hérédiladre^ qu'ils reçurent ayant décontenancé leur attitude plébéienne , et frappé d'inconséquence leur opposition démocratique.

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