‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 187 sur 311 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Napoléon ! Car nos espions el la presse anglaise l'instruisaient plus rapidement encore que ses courriers et les télégraphes.

Son mécontentement avait commencé le 7 août , à la nouvelle du combat du cap Finistère , et son désappointement les jours suivants^ quand il sut Villeneuve entré au Ferrol, et qu'il Vy crut bloqué. Dans cette première désobéissance , et quoiqu'elle fût encore réparable y l'Empereur, sachant mieux que personne le prix du temps, vit que son amiral n'en connaissait pas l'importance; qu'il n'avait pas compris la grandeur de sa mission; qu'enfin, dans ce vaste drame jusque-là si bien conduit , à l'instant même du dénoûmenty Villeneuve, au-dessous de son rôle, allait manquer à son attente !

Ce fut le 1 3 août , au quartier impérial du Pont de Briques , et vers quatre heures du matin , que vint à l'Empereur cette nouvelle. Daru fut appelé; il entre, envisage son chef et s'étonne! Son air, m'a-t-il dit, était farouche; son chapeau enfoncé jusque sur ses jeux, son regard foudroyant. Dès qu'il aperçoit Daru il court à lui, et l'apostrophant : « Savez- vous où « est ce j ... f. .... de Villeneuve ? il est au Ferrof ! Commit prenez-vous? au Ferrol! Ah! vous ne comprenez « pas? il a été battu ! il est allé se cacher dans le Fer- « roi! C'en est fait, il y sera bloqué! Quelle ma- 41 rine ! Quel amiral ! Que de sacrifices inutiles ! »

Alors, son agitation redoublant, pendant près d'une

heure il parcourutsachambreàgrandspas, en exhalant

sa juste fureur dans un torrent de reproches amers et

de douloureuses paroles. Puis , tout à coup s'arrétant ,

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et désignant un bureau chaîné de papiers : « Met- « tez-vouslà, dit-il à Daru; écrivez! » Et aus8it6t, sans transition, sans méditation apparente, et de son accent serré, bref et impérieux, il lui dicte, sans hésiter, le plan de la campagne d'Ulm jusqu'à Vienne! L'armée des côtes, en ligne face à TOcéan, sur plus de deux cents lieues de front, allait au premier signal faire volte-face, se rompre, et marcher au Danube en plusieurs colonnes! Ordre des marches, leur durée; lieux de convergence ou de réunion des colonnes; surprises, attaques de vive force ; mouvements divers et fautes de l'ennemi ; tout, dans cette dictée si subile, était prévu ! Deux mois, trois cents lieues , et plus de deux cent mille ennemis, séparaient la pensée du résultat; et cependant, temps, distances, obstacles divers , tout fut franchi , tout cet avenir, ëdairé par le génie de notre Empereur! Sa prévision, aussi sAre que sa mémoire, voyait déjà, de Boulogne, les principaux événements de cette guerre projetée, leurs dates, leurs résultats décisifs; et il les dicta à Dam avec autant d'assurance que, un mois après leur accomplissement, il en eût pu retracer les souvenirs. Les champs de bataille, les victoires, jusques aux jours mêmes où nous devions entrer dans Munich et dans Vienne, tout alors fut annoncé, fut écrit comme il arriva; et cela, deux mois d'avance, à cette même heure du i3 août, et de ce quartier général des côtes !

Daru , quelque accoutumé qu'il fût aux inspirations de son chef, demeura confondu ; et il fut bien plus surpris encore, lorsqu'ensuite il vit ces oracles se réaliser, à jours fixes, jusqu'à notre entrée à Munich ! S*il y eut

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