‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 212 sur 311 · CHAPITRE VI. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. U

les chasseurs, leur officier surtout , et les dispersai en tirailleurs. Le feu dès lors commença.

Ce qui me rappelle cette circonstance, d'ailleurs bien peu remarquable , c'est une singulière rencontre qu'à mon insu je venais de faire, et la disgrâce passagère qu'acheva de s'attirer, ce jour-là, le corps entier des chasseurs de notre Garde. Avant mon départ de Paris pour l'armée, une dame parente du jeune Prince de Windischgraetz, supposant qu'il pourrait être pris par nous, me l'avait recommandé. Or, tout au contraire, c'était justement ce jeune officier fort brillant qui , à la tête de ce peloton de hulans, venait de faillir me prendre ! Quant aux chasseurs à cheval de la Garde, je ne sais comment un esprit de faux orgueil s'était emparé de ce corps d'élite. Devenus trop fiers , non-seulement ils dédaignaient le service des avant-postes , mais, le soir de cette affaire , revenus à Elchingen , ils manquèrent d'égards pour la livrée impériale, la laissant dehors, et s'emparant, bon gré, mal gré, pour leurs chevaux, des meilleures places. La répression ne se fit point attendre : Napoléon, irrité, les envoya sur-le-champ à son beau-frère, où, deux jours après , joint sans distinction à sa cavalerie, ce corps entier répara la faute de quelques-uns, en contribuant à faire mettre bas les armes à vingt mille hommes!

Cependant le feu que je venais d'engager s*était bientôt étendu sur toute la ligne que Ney commandait. De son côté l'Empereur, que nous avions cru couvrir, fatigué de ces tirailleries et de la pluie qui redoublait , était allé se mettre à couvert à Hasslach,

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en attendant sa Garde et le corps du maréchal Lannes. Je le retrouvai dans une ferme de ce hameau , sommeillant assis à côté d'un poêle , dont un jeune tambour, sommeillant de même , occupait Tautre côté. Etonné de ce spectacle , j'appris que, à TarriTée de Napoléon, on avait voulu renvoyer cet enfant ailleurs; mais que le tambour avait résisté, disant c qu'il y ic avait place pour tout le monde; qu*il avait firoid, <t qu'il était blessé, qu'il était bien là, et qu'ily res- (t tait. » Ce que Napoléon entendant, il s'était pris à rire y ordonnant ce qu'on le laissât sur sa diaise, a puisqu'il y tenait si fort. » En sorte que TEmpereiir et le tambour dormaient assis en face l'un de l'autre, entourés d'un cercle de généraux et de grands di^i* taires debout , attendant des ordres.

Pourtant le bruit du canon se rapprochait; et Napoléon, de dix minutes en dix minutes, se révallaît, envoyant presser l'arrivée du maréchal Lannes, quand celui-ci, entrant précipitamment, s'écria : « Sire, que faites-vous donc là? Vous dormez, et « ^'ey, tout seul, lutte contre toute Tannée autri- « chienne? — Et pourquoi s'est-il engagé? répondit <c TEmpereur, je lui avais dit d'attendre ; mab il est (( toujours le même , il faut qu'il tombe sur Tennenii <( dès quil l'aperçoit! — Bon, bon, reprit Lannes, « mais une de ses brigades est repoussee; j'ai mes « grenadiers la , il y faut marcher,, il n'y a pas de « temps à perdre ! « Et il entraîna Napoléon qui, s'échaufTant à son tour, poussa si avant, que Lannes, ne pouvant l'arrêter par ses représentations, saisit brusquement la bride de son cheval et le força

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