CHAPITRE YI
de se placer dans une position moins dangereuse
Ney s'était en effet refusé à suspendre son attaque ; sa gauche venait d'être ébranlée par une sorlie de dix mille hommes, et nonobstant il avait chargé Dumas de dire à l'Empereur « qu'il pourvoirait à tout! qu'il « en répondait ; qu'il n'avait pas besoin du maréchal « LanneSy et qu'on ne se partageait pas la gloire ! »
Le danger fut court. En peu d'instants Bertrand et trois bataillons emportèrent les retranchements du Michel's fierg; Suchet, d'autre part, lancé par Lannes, eut bientôt couronné le Frauenberg. Alors, maître des faubourgs, l'Empereur, du sommet de la première de ces collines , vit à ses pieds , et à demi-portée de ses obus , Ulm complètement cernée , encombrée d'ennemis entassés, sans vivres, sans fourrage, et sans possibilité de se mouvoir dans ses murailles.
Dès lors, sûr que sa proie ne pouvait plus lui échapper, il fit rectifier ses lignes, lier et affermir ses positions, menacer la ville de quelques obus, et, la nuit venue, il alla se reposer à Elchingen, où je le rejoi- ^is trop tard, manquant à mon service, celui d'établir son quartier général et d'en assurer la garde.
Le fait est que, au moment le plus vif de la journée, entraîné par la curiosité et par l'ambition d'être l'un des premiers à entrer dans Ulm , je m'étais séparé de Napoléon pour suivre l'attaque du 1 7"* léger sur la porte dite de Stuttgard. C'était à l'instant même où le colonel Vedel, entrant pêle-mêle avec l'ennemi, perdait la moilié de son i*' bataillon dans Ulm, et y était pris avec le reste. Échappé de cette échauffourée, j'avais été chercher fortune ailleurs, et si imprudemment,
que j'allais tomber à bout portant dans une embuscade , quand j derrière moi , sur la pente du Michers Bergy le maréchal Ney, me rappelant, m*avait sauvé de cette disgrâce.
Le lendemain matin je fus rudement tancé par Rapp et Caulaincourt ^ ce sujet. Us me demandèrent si je me croyais à l'armée pour mon seul et propre compte, et pour mon plaisir! Ajoutant que, officier d'état-major de l'Empereur, ma place était de rester près de lui , à portée de tous ses ordres ; qu*ea les attendant, si j'aimais à observer, c'était de là qu'il fallait le faire. Cette leçon méritée me fut d'autant plus utile, que, en nie ramenant à mes devoirs d'état-maj(V, elle me fit réfléchir sur tous les moyens à employer pour les remplir avec le plus de succès possible.
C'était dans les premières heures du i6 octobre, et sur la paille de mon gite d'EIchingen , que je me livrais à cet e^i^amen de conscience , bien différent, sans doute, de ceux du moine auquelje succédais dans cette cellule. Je n'en sortis, jugeant la campagne finie pour nous, que pour laisser l'Empereur monter à dieval, et pour réparer mon inadvertance de la veille en prenant possession de cette abbaye. La reconnaissance en fut pénible et bien douloureuse ; toutes les horreurs de la guerre y étaient rassemblées ! Et d'abord, l'ambulance en occupait une partie : les cris des blessés, qu'on amputait et qu'il me fallut aller encourager, m'en avertirent. Mais un autre spectacle plus affireux m'attendait.
Je parcourais tous les détails de cet édifice gothique d'une immense étendue, visitant les postes et rectifiant