CHAPITRE VII
à lui que je devais le transmettre en sortant d'Clm.
Le vieux feld-maréchal ne s'est point laissé effrayer ; il a insisté sur les huit jours, et m'a pressé d'en porter la proposition à l'Empereur.
Ce malheureux général est prêt à signer la perte de ^Autriche et la sienne; et pourtant, dans cette position désespérée, où tout en lui doit souffrir cruellement, il ne s'abandonne point encore : son esprit conserve ses facultés; sa discussion est vive et tenace. Il défend la seule chose qui lui reste à défendre , le temps ; soit que réellement il croie l'armée russe à portée de le secourir, ou qu'il cherche à retarder la chute de l'Autriche, dont il est cause, et à lui donner quelques jours de plus pour s'y préparer. Lui perdu, il dispute encore pour elle. C'est im homme de conversation plus que d'action. Il s'égare dans de vaines conjectures. 11 semble vouloir jouer au plus fin contre le plus fort. Il se peut aussi qu'il ait voulu détourner notre attention de la fuite des vingt mille hommes dont nous venons d'apprendre l'évasion par Nordlingen.
Cematin, avant neuf heures, j'ai retrouvé l'Empereur à l'abbaye d'Elchingen. Je lui ai rendu compte de cette négociation dont les détails l'ont satisfait. Une vive joie a brillé dans ses regards quand je lui ai fait partager mon erreur sur la présence, dans Uhn, de rArcliiduc. Après vingt minutes d'entretien, me voyant harassé de tant de jours et de nuits de combats et de fatigues, il m'a permis d'aller changer et me reposer. Mais à peine étais-je à demi déshabillé qu'il m'a fait rappeler en toute hâte. Impatient de deux minutes de retard, il a envoyé le maréchal Berthier en personne
nUT. ET MÉM. — T. II. 26
402 LIVRE DIX-HUlTlfiME.
nie chercher 9 dans la cellule où, épuisé de fatigues, je m'efforçais de me rajuster. C6 major m*a apporté en même temps les nouvelles propositions écrites à miniarge, et Tordre de retourner sur-le-champ les faire accepter par le feld-maréchal.
L'Empereur accordait huit jours , mais à dater du i5 octobre, premier jour du blocus ; ce qui les réduisait en efTet aux six jours que j'avais pu et que je n'avais pas voulu concéder. Toutefois, en cas d'un refus obstiné, j'étais autorisé à laisser dater ces huit jours du i6 octobre, et TEmpereur gagnait encore un jour à cette concession. Il tient à entrer promptement dans Ulm, pour augmenter la gloire de sa victoire par sa rapidité ; pour se retourner et fondre sur Vienne , avant que cette capitale se soit remise de sa stupeur; pour ne point laisser à l'armée russe le teqaps de se mettre en mesure de la défendre ; enfin parce que les vivres commencent à nous manquer.
Le maréchal Berthier m'a prévenu qu'il se rapprocherait de la porte dXlm , et que, les conditions réglées, il désirait que je Ty fisse entrer.
Je suis rentré dans Ulm vers midi. Cette fob j*ai trouvé Mack à deux pas de la porte de la viUe, au rexde-chaussée d'un étroit, sale et misérable cabaret. Je lui ai remis l'ultimatum de TEmpereur. II estaussilôt monté au premier étage pour le discuter avec des généraux, parmi lesquels se trouvaient MM. de lichtenstein, Klénau et Giulaï. Vingt minutes après il est redescendu seul pour discuter encore avec moi sur hdate du sursis qu'on lui accordait. Il y a mis une opiniàtrelé si tenace que, désespérant de la vaincre^ j'ai cm de-