CHAPITRE Vn. 40i
voir concéder le seul jour que j^éfais autorise à lui abandonner. En ce moment un malentendu , né sans doute de la différence des deux calendriers dont nous nous servions , lui a persuadé qu'il obtenait y k dater du ^5 vendémiaire (17 octobre ) , les huit jours auxc[uels il tenait si fort. Alors, avec une émotion de joie bien singulière : «c M. de Ségurl mon « dier M. de Ségur! s'est-il écrié, je comptais sur « la générosité de l'Empereur! je ne me suis pas
«' trompé Dites au maréchal Berthier que je le
« respecte.. • Dites à l'Empereur que je n'ai plus que « de légères observations à faire... Que je signerai
« tout ce que vous m'apportez Mais dites à Sa
« Majesté que le maréchal Ney m'a traité bien durent ment Que ce n'est point ainsi qu'on traite
<c Répétez bien à l'Empereur que je comptais sur sa
a générosité! » Puis^ avec une effusion de joie
toujours croissante , il ajouta : a M. de Ségur, je
« tiens à votre estime* Je tiens beaucoup à l'o-
« pinion que vous aurez de moi. Je veux vous faire « voir l'écrit que j'avais signé et combien j'étais dé- «c cidél » En parlant ainsi, il a déployé une feuille de papier sur laquelle je lus ces mots : a Huit jours ou « la mort! Signé Mack. »
Je suis resté confondu d'étonnement en voyant l'expression de bonheur qui brillait sur sa figiure. J'étais saisi, et comme consterné, de cette puérile joie pour une si vaine concession. Dans un naufrage aussi considérable, à quelle misérable branche le malheureux général en chef a-t-il donc cru pouvoir rattacher son honneur perdu, celui de son armée, et le salut de
r Autriche? Et il m'a pris les mains, il me les a serrées; il m*a permis de sortir d'Ulm les yeux libres; il m a même laissé introduire le maréchal Berthier dans cette place sans fonnaUtés : il était heureux enfin!....
11 y a eu pourtant encore, avec le maréchal Berthier, une discussion assez vive, toujours sur les dates. J*ai expliqué le malentendu : on s'en est remis à l'Empereur. Le maréchal Mack m'avait assuré, dans la nuit, qu'il hii restait pour dix jours de vivres. H en avait si peu , comme au reste j'en avais fait faire l'observation à Sa Majesté, qu'il a demandé, devant moi, la permission d'en faire entrer dès ce jour^ même. Cette considération seule rendait l'Empereur maître de reprendre les vingt-quatre heures qu'il abandonnerait. Il a donc cédé quant à la date ; et ce soirJà , 1 7 octobre, cette capitulation, qu'il m'avûl diargé de négocier, approuvée par lui, a été signée par les maréchaux Berthier et Mack.
Mack , se voyant tourné et resserre sur Ulm, s'est imaginé que, en s'y jetant, il attirerait et letieDdrait l'Empereur devant les remparts de cette ville, et fiivoriserait ainsi la fuite que tenteraient ses autres corps, par différentes directions. 11 pense s'être dévoué : c'est ce qui soutient son courage. Lorsque j'ai négocié avec lui, il a semblé croire notre armée entière immobfle, et comme en arrêt devant Ulm. Il en a fait sortir furtivement l'Archiduc, qui a été rejoindre Vemeck et HohenzoUern. Une autre division restée à Memingen devait s'en évader. Une autre encore, sous Jelladiich, fuit vers les montagnes du TyroL Mais on espère qu^ toutes seront faites prisonnières.