‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 228 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La joie de rEmpereur, à cette nouvelle inattenduCy fut grande; il accourut de Muhldorf dans Braunau , et fit sur-le-champ de cette citadelle la principale base de son irruption sur Vienne.

Ce jour-lày et le lendemain 3i, nos avant-gardes^ sous Kellermann à droite , sous Murât et Davout au centre, et sous Lannes à gauche, emportées par lardeur de vaincre, atteignirent et entamèrent Tennemi , Tune à Passling, les autres à Ried, puis à Lembach, et la troisième jusqu'en vue de Lintz; et ces maréchaux et ces généraux continuaient, ils devançaient TEmpereur ; ils s'irritaient, ils s'indignaient de tout essai de résistance des vaincus, comme d'un acte d'insubordination ou de révolte! Défilés abrupts, ponts rompus, chemins défoncés, affluents du Danube, fatigues de marches de dix à quinze lieues, rien n'arrêta. Dès le 5 novembre, dépassant toutes les prévisions de Napoléon, qui, supposant les alliés réunis sur l'Enns, avait voulu rallier et faire reposer ses corps d'armée derrière la Traun, nos têtes de colonnes avaient arraché aux Austro-Russes six mille tués et prisonniers , et la Traun , et la Haute-Autriche d'Enns à Steyer, et l'Enns ellemême !

A Steyer, dernier terme de la gloire de Moreau , et dont le pont était brûlé , on avait vu les carabiniers de Davout passer l'Enns , un à un , sur une poutre et sous une grêle de balles et de mitraille. Ils s'étaient ralliés successivement, sur l'autre rive, sous les retranchements autrichiens ; puis s'élançant, ils en avaient débusqué l'ennemi en lui enlevant plus de prisonniers qu'ils n'étaient d'assaillants eux-mêmes!

420 LIVRE DIX-NEUVl&MR.

La veille de cette action rEmpereur était arrivé de Lembach à Lintz. Il s'y arrêta cinq jours. Ce séjour fut fertile, pour lui, en agitations diverses. Et d*abord, à un quart de lieue de la porte de cette ville, un cruel incident, rare dans notre armée, où la fraternité d*au^ mes et d'origine entre le soldat et l'officier et une intelligente émulation facilitent la discipline, Tavait frappé d'une horreur dont sa première parole fîit l'expressioQ ' manifeste. Il dépassait au galop, en la prolongeant sur son flanc gauche , une colonne d'artillerie légère, lorsque, à vingt pas en avant de lui , il vit un artilleur redresser d'un air menaçant la tête , que, au même instant et d'un furieux revers de sabre , son capitaine abattit presque entièrement : elle pencha sur l'épauk de ce malheureux, qui, répandant un torrenl de sang^, tomba à terre. A cet affreux spectacle Napoléon pâlit , s'élança d'un bond de son cheval, et s*écria: < Ah! (c qu'avez-vous fait là , capitaiiïe? — Mon devoir! i< lui répliqua rudement l'officier; et, jusqu'à ce que (c je sois tué par un de mes soldats , ajouta-t-3[ hau- <c tement en les regardant en face ; je tuerai ainsi ceux a qui oseront manquer à leur capitaine I s L'Empereur, frappé de cette énergie, demeura un instant muet; mais bientôt, dominant son émotion, il reprit d'une voix ferme : «c S'il en est ainsi, vous avec biea (C fait ! vous êtes un brave officier ! vous oomprena (C votre devoir! Voilà comme je veux qu'on serve I » Puis , continuant sa marche , mais lentement et au milieu d'un morne silence que ces paroles avaient imposé, il entra soucieux et au pas dans Lintz.

Mais d'autres émotions et préoccupations TatteB*

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