CHAPITRE III
dainement repoussés, ils s'aperçurent qu'ils se heurtaient contre toute larmée russe ! Il fallut alors reculer, un contre quatre, pendant deux lieues ; ce qu'on fit en combattant, en bon ordre, et avec l'espoir de trouver un abri dans Diernstein. Mortier, vivement pressé, entrevoyait déjà les murs de cette ville; il s'en rejouissait, quand tout à coup il voit en déboucher contre lui une autre armée russe , et se trouve entre deux feux ! En cet instant ses soldats s'écoulaient dans un défilé , que forment à droite les monts de Bohême et à gauche le Danube. Us y sont refoulés les uns sur les autres ; vingt mille Russes les poussent en tête ; quinze autres mille Russes les repoussent en queue. Vainement le maréchal, sans s'étonner, leur fait face des deux parts; il s'efforce, d'une main, de contenir Kutusow et, de Tautre, de s'ouvrir un passage dans Diernstein ; mais les deux corps eiinemis , qui s'aperçoivent au travers de nous, criant de joie, se précipitent ; et, se rapprochant, ils resserrent, ils écrasent de plus en plus, entre leur double masse, notre faible troupe.
finfin, après quatre heures d'une résistance désespérée, notre cavalerie succombe, nos feux s'épuisent; nos baïonnettes , à force de frapper, ployent et s'émoussent; la nuit qui s'épaissit, au lieu de séparer les combattants, augmente la mêlée : elle devient horrible ; plusieurs fois Mortier lui-même , dont la taille haute dépassait toutes les autres et, dans cette obscurité, appelait les coups, a été forcé de repousser du pied et d'abattre de son sabre les plus acharnés ! Tout espoir enfin a semblé perdu ; on l'a entouré , on l'a pressé de profiter de la nuit et d'une barque pour s'é-
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chapper , le suppliant de dérober du moins à TorgiieQ russe le trophée d'un maréchal français prisonnier! Mais lui, tout au contraire, a répondu : « Qu'il parlatf gérait, quel qu'il dût être, le sort des braves qui Ten- <c touraient; que Dupont et sa division devaient s ap- <c procher ; qu'il fallait tenter un suprême effort ! » Aussitôt, ralliant, resserrant ses restes, des deux seuls canons qu'il a conservés, il en oppose un vers Krems à Kutusovsr; l'autre, que Fabvier (i) dirige, il le fait tourner vers Diernstein, le place en tête de coloniie, et, tous les tambours étant brisés, c'est sur des bidons de fer qu'il fait battre la chaîne !
Au même instant Schmidt, colonel aatriduen, qui guidait le corps russe mattre de Diernstein, s'en élançait pour achever, d'un dernier coup, la destruction de notre colonne. Mais Fabvier l'avail entendu : caché dans Tombre il le laisse approdier; et soudainement, déchargeant sa pièce à bout portant sur la tête de celte attaque, il la renverse, il en tue le chef, et, dans cette trouée sanglante, Mortier etGaian se précipitant achèvent de tout culbuter devant eux. Diernstein de cet élan a été repris. Les Ruses de Schmidt sont retombés dans le val de la KremSy par où ils étaient venus furtivement; ils fuyent, elMortiena^ mais étonné de ce succès en doute encore!
Cependant, de l'autre côté de Diernstein, un bruit d'armes et de pas nombreux se faisait entendre; et, le désespoir au cœur, on se préparait à un nouveau Aoc^ lorsque, au cri de Qui viue? celui de France! répondit. C'était Dupont et sa division accourant au seooun du
(i) Celui qui depuis est devenu si célèbre en Grèce.
maréchal ! Alors, des transports de joie et des cris de f^ivent nos sauveurs ! ont enfin succédé à tant d'alarmes.
Ainsi IHemstein, prison renommée du Roi anglais Richard Cœur de Lion, devenait, par des cœurs Francis aussi dignes de ce surnom mais plus heureux , •doublement célèbre 1
Le jour revenu, on s'était compté : sur cinq mille hommes, trois mille étaient perdus; mais, par un hasard inexplicable, nos quinze cents prisonniers russes avaient été retrouvés dans Diemstein ; en sorte que . la perte de l'ennemi , plus forte que la nôtre , était vévaluée à quatre mille hommes.
L'aide de camp n'eut garde d'ajouter que, avec nos pertes, cinq canons et trois aigles manquaient à la division Gazan ; mais Thiard venait d'en instruire Napoléon. Celui-ci, rassuré et satisfait après avoir écouté ce rapport, souriait, regardait Thiard, et demandait à l'aide de camp : « Si c'était là tout ; si l'on n'avait c rien de plus à regretter. » L'aide de camp se défendit en vain ; pressé de questions il fut forcé de convenir que, en effet, ce malheur était arrivé; mais il ajouta que les aigles avaient été brûlées, et quant aux canons, que, ayant été démontés, ils avaient été enfouis sous terre ou jetés dans le Danube.