CHAPITRE lY
et Sebastiani en tête, eurent Tordre, l'un d'entrer dans Vienne, les autres de longer la rive du Danube, et de s'emparer des ponts de cette ville. Le i3 novembre, Vienne s'étant livrée sans coup férir, ils coururent à ce passage, en rompirent la barrière, et s'engagèrent aussitôt dans le défdé sinueux formé par les petits ponts. Ceux-ci étaient entre-coupés d'îles boisées qui dérobaient notre marche à la vue des artilleurs et du général autrichiens, postés sur le grand et dernier pont du fleuve. I^nnes et Murât avaient mis pied à terre, et, siiivis de leurs grenadiers l'arme au bras, ils poussaient devant eux un peloton ennemi, agitant en l'air leurs mouchoirs, annonçant un armistice , et parlementant avec l'officier qui commandait. Celui-ci, tout étonné, reculait ne sachant plus ce qu'il devait faire, et communiquait derrière lui son indécision. Ce fut ainsi que nos chefs atteignirent le grand pontet l'instant le plus critique. Ce dernier passage était tout chargé d'artifices, de matières inflammables, et d'une batterie prête à foudroyer notre colonne. Mais cet aspect , au lieu d'arrêter nos maréchaux, hâte leur marche; et quand, démasqués par le peloton ennemi en retraite, ils voient l'officier d'artillerie autrichien , enfin décidé , saisir la mèche , ils «élancent ! Dodde le premier, alors colonel de notre génie , arrache à cet officier sa lance à feu ; on se mêle ; et , toujours parlementant , pendant que nos grenadiers débarrassent le pont, et que Bertrand se fait conduire au Prince d'Auersbourg, Lannes, Murât et Sebastiani gagnent l'autre rive dont ils s'emparent.
438 LIVRE DIX-NEUVIËME.
On en était maître avant que le pauvre Prince, stn* péfait de ce coup de main, y eût rien compris. Les deux maréchaux , satisfaits d'une conquête auBÛ importante qui devait décider du sort des Russes, ne poussèrent pas plus loin la mystification de ce général : ils le laissèrent fuir, disparaître dans la campagne, el porter sa confusion à son Empereur. Ce fht dans ce même jour i3 novembre, à Bruckersdorf et par Bertrand, que Napoléon apprit une si heureuse nouveUe. Transporté de joie il accourut aussitôt presque senl i Schœnbrunn. Je venais de l'y de^ncer etcc un Imk taillon dont je disposais les postes , quand il me fit appeler. « Partez à l'instant pour Gratz, me dit-il, « et remettez à Marmont cette dépêche» Vous troua ;\erez Gudin à Neustadt; vous lui dira de pousser ce ses postes jusqu'au Spitalbei^, mais pas au ddà. <r Informez-vous de toutes les ressource8%|a'(m peut « trouver à Neustadt, et écrivez-moi de cette ville. « L'ennemi doit être entre Neukirch et Bnig^ sur a votre passage; traversez-le, et, s'il vous prendyima- -i ginez quelque subterfuge ; dites que vous portes la a nouvelle d'un armistice!... Enfin tirez-vous d^là; a surtout ne laissez pas prendre les instructions qœ ce je vous confie! 9 Et il m'en détaillait les moyens, quand je l'interrompis en lui disant que je pesMrais^ et que, en tout cas, je lui répondais de ses dépèches.
C'était pourtant bien à tout hasard, j'en conviens, et pour paraître toujours prêt et dispos , que je répondais ainsi, car cette mission chanceuse et si Imntaine me venait bien mal à propos. La fatigue m*aviit tellement épuisé que, l'une des nuits précédentes, Oi