CHAPITRE IV
traversant un cantonnement , j'étais tombé dans la rue sans connaissance. Qu'on imagine ma surprise lorsque, revenu à moi , je me trouvai assis au centre d'une grande table bien servie y bien éclairée , dans une salle chaude, et au milieu des officiers de grenadiers à cheval de notre Garde. Un hasard m'avait sauvé : ma bonne fortune avait voulu que, dans l'obscurité, l'un d'eux , se heurtant du pied contre moi, m'eût reconnu, et qup; me retirant du milieu des canons et caissons, près de m'écraser, il m'eût emporté dans ses bras à cette place d'honneur, où les soins qu'on me prodigua venaient de me ranimer.
Il n'y avait à cette défaillance rien de surprenant : depuis Munich, les jours, les nuits surtout, j'avais sans cesse marché, maudissant cent fois la nécessité où j'étais de passer, sans pouvoir m'y arrêter, devant les feux de nos fantassins couchés dans la neige, et dont j'enviais le bonheur qui me paraissait bien grand. J'allais ainsi, pressé par divers ordres et par l'heure, tant que mes chevaux pouvaient me porter; puis continuant encore sur ceux de paysans que je rencontrais. Je me souviens, entr'au très aventures, que dans l'une de ces nuits si pénibles, m'efforçant d'atteindre Moelkt avant le jour, je rencontrai une rivière qu'il me fallut traverser à gué , et où je perdis guide et chevaux emportés par le courant. Plus heureux que ma pauvre monture qui s'en alla flottant vers le Danube, je parvins à gagner un atterrissement, d'où je continuai ma route à pied, satisfait encore d'arriver à cette abbaye à l'heure prescrite.
Quant à ma mission de Gratz, je l'exécutai jour et
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nuit encore, sans accident, mais avec un surcrott de fatigue, ayant le désappointement, à mon relour, de ne plus retrouver l'Empereur à Vienne. Je ne le rgoignis qu'à Brunn, où je lui appris que Marmont se Tantait d'avoir, par sa présence en Styrie et aux défilés de la Carinthie, détourné sur la Hongrie la retraite de FArchiduc Charles.
La route. que je venais de parcourir était cdle de Leoben à Vienne ; en sorte que, mon récit reportant toute Tattention de Napoléon sur les souvenirs d'une autre époque, il m'interrogea ciuîeusement sur les difïicultés du passage du Simmering-Berg. C'était la position devant laquelle il s'était arrêté en 1797* On disait même qu'elle avait été de quelque considération dans les motifs qui l'avaient détenniné au célèbre armistice de Leoben ! Malgré la rapîdîlé de ma course, j'avais observé avec soin ces défilés; qodque redoutables qu'ils fussent , ils ne m'avaient pas semblé inabordables. J'expliquai pourquoi; mais, soit que cette opinion contrariât la sienne, ou qu'il la prit comme une critique de celle que, en 1797, il s'en était formée, soit quelqu'autre disposition présente de son esprit , elle ne me parut pas le satisfaire.
En effet il était alors, et non sans raison, mécontent des événements arrivés depuis mon départ de Schœnbrunn. Dans la nuit du i3 au i4y celle où j'avais quitté cette résidence, lui-même, traversant Vienne à Tinsu des habitants , en avait passé les ponts pour jouir de cette conquête, pour en témoigner à Lannes et à Murât sa satisfaction, et surtout pour en profiler! Il avait haie d'en finir avec les Russes, et d'autant plus