CHAPITRE V. 44T
d'abord si invraisemblable à Berthier, qu'il fit arrêter ce transfuge; mais son rapport fut presqu'aussitôt confirmé par un avis du maréchal Soult assailli dans Austerlitz.
Dans la même soirée le retour de Savary ne laissa plus de doute sur cette nouvelle. Cet aide de camp vient annoncer que toute l'armée alliée y sans attendre quatorze mille Russes de renfort, marche sur nous. Pourtant la Içttre qu'il rapporte semble moins hostile. Dès lors Napoléon , n'espérant plus rien que d'Alexandre ou d'une victoire, renvoie à Vienne et à Talleyrand les négociateurs autrichiens et prussiens ; il réexpédie Savary à l'Empereur russe pour lui offrir une entrevue ; et lui-même , le 28 novembre, de grand matin , il s'avance jusqu'à Posorsitz dans l'espoir d'une réponse favorable.
Mais Alexandre, entouré et mal inspiré par une jeunesse présomptueuse, jugea l'entrevue inutile : il n'y envoya que son favori. De son côté Napoléon, de plus en plus impatient , s'était avancé au galop par delà nos dernières vedettes.
ta rencontre de Dolgorouki et de notre Empereur eut lieu sur la grande route d'Olmutz , en avant de Posorsitz, et, à notre étonnement, à plus d'une portée de canon de nos avant-postes. Nous ne savions si l'Empereur s'aventurait ainsi par une impatience réelle ou par curiosité, ou plutôt pour augmenter par un feint empressement l'orgueil ennemi , pour en accroître la présomption, en affectant de ne vouloir laisser pénétrer dans nos rangs aucun regard russe
Tous deux, en s'apercevant, mirent pied à terre.
448 LIVRE DIX-NEUYIKME.
Pendant leur entretien^ dont nous n'entendîmes pas toutes les paroles , l'attitude de FEmpereur fut d'abord calme et contenue ; celle de Dolgorouki, au contraire j était si jactante et si hautaine , qu'elle noas irritait quand elle ne nous frappait pas de pitié tant elle était déplacée et ridicule.
Au milieu de ce colloque ^ dont la durée fut i peine d'un quart d'heure j l'Emperem* remarqua que les Gosaques de l'escorte russe gagnaient nos flancs; Dolgorouki souriait et répondait d'eux; mais, soit ioquietiide réelle ou simulée ^ Napoléon n'en ordonna pas moins, à plusieurs de nous , de les contenir à distance respectueuse, ce qui fut fait aussitôt par Exelmans, If sabre nu pendant à la dragonne et le pistdet an poing..
Cependant , l'arrogance du favori d'Alexandre devenant intolérable , la voix de l'Empereur s'anima. Le jeune Russe ne mettait pas la paix à de moindres conditions que l'abandon de l'Italie , de la rive gauche du Rhin J et de la Belgique ! a Quoi ! Bruxelles aosB, ré- (c pondit Napoléon ; mais nous sommes en Màrniei et ff vous seriez sur les hauteurs de Montmartre, que irous « n'obtiendriez pas Bruxelles ! » Enfin il pôdBl patience. Dolgorouki venait de lui offrir de le laisser se retirer sain et sauf derrière le Danube , s'il promeltait d'évacuer sur-le-champ Vienne et les États héréditaires. A cette insolence , Napoléon , ne potnaat ])lus se contenir , s'écria : « Retirez- vous ! ailes, Mon- « sieur, allez dire à votre maitre, que je n'ai point ce l'habitude de me laisser insulter ainsi ; retirez-TOQi (c à Tinstant même! »