‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 242 sur 311 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Revenu à notre avant-garde, TEmpereur encore irrité remit pied à terre et s'entretint avec Savary. Pendant la double mission de cet aide de camp , les jeunes seigneurs russes Tavaient insulté de paroles arrogantes ; il en rendit compte , et Napoléon , fouettant la terre de sa cravache, geste qui dans ses vives préoccupations lui était habituel, s'écria :

« L'Italie! Qu'eussent-ils donc fait de la France

«c si j'eusse été battu? Mais, puisqu'ils le veulent, je a m'en lave les mains , et, s'il plait à Dieu , dans qua- « rante-huit heures je leur donnerai une leçon sé- « vère! » 11 prononça ces derniers mots près d'un carabinier du 17™ régiment léger, et, s'apercevant que ce factionnaire l'écoutait : ce Sais-tu , lui dit-il , <c que ces gens-là croient qu'ils vont nous ava- « 1er! » Sur quoi le grenadier ayant répliqué : Oh « que non! qu'ils essayent, nous nous mettrons en « travers 1 » l'Empereur se prit à rire, et son humeur se dissipa.

Alors , soit qu'il se trouvât trop en l'air, soit pour augmenter la présomption de l'ennemi , il commença la retraite que lui-même suivit à pied. On marcha avec une précipitation apparente qui dut enhardir les Russes. Chez nous-mêmes , un des vétérans de la République, s'y trompant, me dit : « Ceci commence « mal ! Jeune homme , il ne suffit pas de marcher « toujours en avant; vous allez apprendre ce que « c'est qu'une reculade, et peut-être même une dé- « route! » Cette liberté de jugement sur Napoléon m'étonna , elle commençait à devenir rare. La plupart de nous, convaincus de son infaillibilité , s'y abandon-

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naient ; nous exécutions l*ordre du jour sans regarder au delà, sans douter du lendemain, surs de vaincre en obéissant! Soumission qui donne d'utiles insIruiueDts à un homme extraordinaire , mais qui trop souvent fait qu'il laisse après lui peu de cliefs dignes de le remplacer.

Ce premier mouvement rétrograde fut court. L'Empereur, de sa personne, revint encore ce jour-là coucher à Brunn. Dans cet instant critique, pressé (le s'affranchir de tout soin lointain , il embrassa d*iin dernier regard TAllemagne, leTyrol et ritalie, etseliàU d'y envoyer ses instructions. Puis, revenant tout entier au grand événement présent qui devait décider de tout, il rappela Murât de Posorsitz devant le Santon , et Soultd'Âuslerlitzden'ière Pratzen , sur le tenraincboia pour la bataille : retraite nocturne de deux lieues qui devait enfler encore l'orgueil russe. D^autres ordre» sinuiltanés firent avancer Bernadotte d'Iglau àBnuin, et Davoiit de Vienne à Nikolslx)urg et à Rayg^rn.

L'rede et ses Bavarois, laissés vers la Boliétne, furent jugés sufïisants pour contenir TArcliiduc Ferdinand hors de portée de nos derrières. Alors, soit quil le crut possible, soit plutôt pour que chacun autour de lui Tut prêt d'avance, il annonça la bataille pour le lendemain 29 novembre , avis qu'il renouvela pkfi tard, et plus généralement, pour le 1^ ou le a décembre. En même temps, vivres, munitions, ambulances, tout fut dirigé à portée de ce inéiiie temin, que déjà, sept jours avant , TEmpereur avait dés^é à notre attention. Lui-même enfin, dans la matinée du 29 novembre, vint s'y établir.

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