‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 255 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Duroc et de ses grenadiers, cernée, poussée, culbutée par nous et Vandamme contre les lacs, y cherche un refuge. Le plus grand nombre, avant de les atteindre, est forcé de mettre bas lei armes ; deux milliers seulement s'échappent par la chaussée qui sépare ces deux lacs. D'autres milliers , égarés par la terreur, se livrent à la glace qui en couvre la superficie. En un instant nous vîmes ce miroir, blanchi par les frimas , se noircir de la multitude éparse de fuyards aventurés sur ce dangereux appui, que brisaient sous leurs pas nos boulets impitoyables. A cet aspect l'Empereur, resté sur les hauteurs, s'écria : a C'est Aboukir ! »

Quant à nous qui chargions en ce moment , nous nous airélàmes saisis de pitié à la vue de ce terrible et nouveau spectacle. Quelques-uns de nous tendirent à ces naufragés une main secourable. Pour ma part ce fut un Cosaque qu'en passant je retirai de ces eaux glacées. Je ne me doutais guère, en cet instant, que, l'année suivante, après avoir assisté d'abord à la conquête de Naples et des Calabres, puis à celle de la Prusse, je devais, bien loin de ces lacs, le retrouver, et qu'alors , blessé et prisonnier moi-même au fond de la Pologne, j'y serais reconnu et à mon tour protégé par ce Tartare !

Il faut toutefois le dire à l'honneur de cette aile vaincue, et qui fut tuée ou prise presque tout entière, sa fin, dans le piège où elle était tombée, fut glorieuse. Environnée, chargée de toutes parts, elle se défendit par pelotons jusqu'à la dernière extrémité! Cela est si vrai que, près de ces lacs, après cette scène désasireuse, lorsque nous nous retournâmes contre ceux qui

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sans espoir tenaient encore , ils nous attendirent de pied ferme jusque sur leurs pièces; ils les dëchargèrent sur nous tellement à bout touchant, que j*eiB la figure brûlée parle feu qié sortait de Tune d'elles.

Quelques centaines de fantassins continuaient de n^ sisterà notre escadron d'élite, quand Vandammei m apercevant : « Ségur, me cria-t-il, venez donc m*aider « à prendre ce parc d'artillerie embourbé que quel- (t ques artilleurs ivres défendent seuls 1 m Cette prise était si facile que nous deux suffîmes. Un de ses bataillons réduit à cent cinquante hommes arrivait en ce moment ; sur mon exclamation à la vue d'un si petit nombre : « Ah , oui \Taiment ! Mais on ne &it pas de « bonne omelette sans casser beaucoup d'œu&I » me répondit-il. Sa division avait en effet soutenu le plus rude choc de la bataille.

Pendant que s'achevait, à notre droite , cette victoire . à notre gauche l'aile droite russe avait été vaincue de front, avec perte de six mille honunes,par Lannes et Murât ; elle avait été poursuivie sur la route d'OImulz , d'où, se détournant à droite , elle gagnait Austerlitz , perdant sa ligne d'opérations , et n'ayant plus d'autre refuge que vers Holitch et la Hongrie. Ces Russes défilèrent ainsi devant notre centre et Bernadotte. Mais ce maréchal, qui marchandait trop la gloire quand il n'en devait pas seul profiter, s'étant arrêté trop tôt , avait laissé passer leur défiaiite sans la troubler ; il n'en avait pas même aperçu la singulière direction.

Vers quatre heures la bataille était finie; il n'y avait plus qu'à poursuivre et à ramasser des dëbrii

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