CHAPITRE VIII
Le lendemain matin 3 décembre, Murât, soit préoccupation du seul côté où il avait combattu la veille
476 LIVRE DIX-NEUVIËME.
et qu'il ne regardât que devant lui, soit que des rapports l'eussent trompé , crut toute l'armée ennemie en fuite vers Olmutz. Sur cet avis Tarmée française fut mise en mouvement dans cette fausse direction. Pourtant Napoléon, s'en défiant, en prit une autre, et, de sa personne , il se dirigea sur Austerlitz. Là toutes les réponses des habitants à ses pressantes interrogations lui apprirent que les deux Empereurs vaincus venaient d'y passer la nuit, et que, avant le point du jour, Russes comme Autrichiens s'en étaient échappés vers la Hongrie par la route d'Holitch. A cette nouvelle, qu'une prompte reconnaissance de Thiard confirma, il fallut à l'instant changer tous les ordres. U en résulta que , pour une partie de l'armée , cette journée fut à peu près perdue en marches et en contremarches.
L'irritation de l'Empereur en fut extrême. Hais le coup de massue de la veille avait terminé la guerre I U n'existait plus d'armée ennemie. A chaque instant, et de toutes parts, de nouveaux rapports venaient lui confirmer l'étendue de sa victoire. C'étaient quatre cents caissons d'artillerie , cent quatre-vingt-six canons, quarante-cinq drapeaux, dix mille morts, trente mille prisonniers, tous les bagages! Il ne restait pas ensemble vingt-cinq mille combattants aux deux Empereurs ! Déjà celui d'Autriche, déclarant qu'il abandonnait la coalition, envoyait demander un armistice, une entrevue, la paix; il se soumettait enfin à ce qu'il avait refusé en avant de Vienne.
Napoléon remit tout au lendemain ; et, sans s'arrêter, il fit pousser l'ennemi en face et le fît déborder par