CHAPITRE YIII
ses deux ailes. U passa tout le reste de cette journée dans des émotions diverses, tantôt s'inquiétant et tantôt s'enorgueillissant. Le soir, sur un rapport que je lui fis de la position où j'avais laissé les Chasseurs à cheval de sa Garde au delà des lacs qu'ils avaient tournés, il s'écria : « Qu'ils devaient donc être tombés flc au milieu de l'ennemi ; que sans doute ils s'étaient a fait écharper ou prendre ; » Mais, au contraire, ces hommes d'élite avaient attaqué et pris tout ce qu'ils avaient rencontré.
L'Empereur ne pouvait pas connaître, en ce moment, l'excès du découragement des Russes. Il ignorait qu'Alexandre, trompé par les réponses de quelques-uns de nos officiers prisonniers, croyait tout le corps d'armée de Davout devant Holitch, prêt à l'achever. Le fait est que ce maréchal, appelé peut-être trop tard de Vienne, ne se trouvait sur ce point qu'avec une division harassée et mutilée de moitié, devant tout ce qui restait aux deux Empereurs des débris de leur défaite. Napoléon connaissait la faiblesse de son aile droite; il sentait derrière lui l'Archiduc Ferdinand à la tête de vingt mille hommes victorieux des Bavarois ; il apprenait que l'Archiduc Charles, avec son armée d'Italie, arrivait sur le Danube ; et que, d'autre part, la coalition était maitresse à la fois de Naples et du Hanovre. Ces considérations l'avaient décidé à finir la guerre.
Cette décision prise, le lendemain 4 décembre commença par une suspension d'armes. Vers dix heures nous étions à cheval autour de Napoléon, nous avançant au galop sur la route de Hongrie. Arrivé bientôt
au delà d'Urchutz sur une hauteur, il 8*y arrêta. Un vallon était à nos pieds , puis une chaussée sur des étangs, ceux de Saruschitz, dont un moulin marquait l'entrée. La Garde impériale française , enseignes flottantes, panaches écarlates en tète, et parée coDune dans ses jours de revue, couronnait, de notre côté. Je bord élevé de ce vallon où la guerre allait finir. Les débris autrichiens bordaient au loin, en face- de nous, le revers opposé. L'Empereur m'ordonna de descendre dans ce bas- fond, et, à cent cinquante pas de cesétangs et de la fabrique, de lui faire allumer un feu par les Chasseurs de son escorte. Un arbre , abattu la veille par les Russes, marquait, à gauche et à dix pas du grand chemin, une place convenable. Ce fut là que j'élaMis ce bivouac célèbre , où l'entrevue des deux Empereurs allait avoir lieu.
Le feu s'allumait ; Napoléon venait de mettre pied à terre; plusieurs de ses Chasseurs lui &isaient à Tenvi un tapis de paille ; d'autres fixaient une planche sur l'arbre abattu, pour que les deux Empereun pussent s'y asseoir; quand, souriant de tous ces soins, il me dit : « En voilà assez , cela suffira , tandis qu*il « a fallu six mois pour régler le cérémonial de Ten- « trevue de François I*' et de Charles-Quint! »
En ce moment nous vîmes venir de Czeitdb, et déboucher de la chaussée, une calèche seule et sans escorte. Deux escadrons l'avaient accompagnée, mais ils n'avaient pas dépassé les étangs qui marquaient la ligne d'armistice. Cette voiture s'arrêta sur la route devant le feu, et l'Empereur Napoléon vint jusqu'à la portière, recevoir avec un empressement affectueux l'Empereur