CHAPITRE I
Napoléon revit, le premier jour de Tannée 1806, la capitale d'un État qui lui devait son indépendance, son agrandissement et son élévation au rang de Royaume. On peut juger des fêtes, des acclamations publiques qui l'accueillirent, et de notre joie orgueilleuse au milieu de ce peuple, dont le moindre d'entre nous ne manquait pas de se regarder comme le libérateur!
Son séjour à Munich fut un triomphe continuel. Il y avait retrouvé Joséphine et sa Cour impériale ; il s'y arrêta. Ce qui l'y retint plus qu'il ne voulait ne fut pas, comme on l'a dit, la nécessité d'observer l'Autriche jusqu'à l'accomplissement du traité de Vienne ; à un tel soin Berthier et l'armée devaient suffire ; ce- fut la faaine d'une femme au milieu des transports contraires -de tout un peuple.
L'union du Prince Eugène avec la Princesse de Bavière était convenue ; cependant Napoléon en voyait la conclusion se remettre de jour en jour; il n'en comprenait pas la cause ; mais, ne doutant pas du résultat|
pressé de rentrer en France, il allait partir et laisser cette œuvre inachevée , lorsque Thiard, que ses moeuR galantes d'autrefois, son esprit actif et ses précédentes négociations avaient mis au fait des secrets de la Cour de Munich, l'avertit que sa présence était inrdispeDsable à Tachèvement de ce mariage, a Fort bien, repartit vice vement l'Empereur; mais, pendant que je reste ici, « savez-vous que votre Faubourç Saint-Germaio ence voie tous ses gens aux portes de ma Banque, où *** (c ne nie fait que des sottises; et que chaque jour de (c ma présence à Munich me coûte quinze cent mille <c francs ! »
Thiard alors , forcé de s'expliquer entièrement, liù montra, dans le cœur même de la Reine de fiaviére, la mémoire toujours présente du duc d'Engfaien, et, dans ce souvenir, la secrète cause de son aversion pour l'union de sa belle-fille avec le fils adopUf du Premier Consul. De là mille prétextes pour retarder cette alliance : tantôt l'âge de la Princesse, tantôt une indisposition imprévue; la dernière allégation supposée était une entorse. Thiard ajouta que FEmpereur lui-même pourrait seul surmonter cette résistance.
Cet avis était pénible à donner et à entendre. Napoléon le reçut sans aucune émotion apparente; il en profita : il redoubla de soins et de séductions pour cette Reine; et, feignant un vif intérêt poiu* les prétendues souffrances de sa belle-fille, il en fit cesser le mensonge en exigeant qu'elle reçût les soins de son propre chirurgien. Dès lors, vaincue dans ce dernier retranchement, la Reine céda, et le mariage s'accomplit. Peu d'heures après, l'Empereur partit pour Paris, et