CHAPITRE I
moi pour Romé^ où je devais trouver le Prince Joseph, et lui servir d'aide de camp jusqu'à ce qu'il eût conquis son nouveau Royaume.
Une double impatience m'avait saisi : reposé d'Ulm et d'Austerlitz par notre séjour à Schœnbrunn et à Munich y ennuyé de mon service de garnison dans un palais, et curieux de voir l'Italie méridionale, j'^avais demandé un emploi quelconque dans cette guerre. L'Empereur s'en était irrité; j'avais insisté, et soit par humeur, soit qu'il eût changé d'avis, la veille de son départ de Munich il m'avait donné l'ordre de rejoindre son frère à Rome.
Le mariage du Prince Eugène devait être suivi de plusieurs autres, et la Confédération du Rhin en être consolidée. La reprise de ce genre de négociations datait du second et dernier séjour de l'Empereur à Brunn. Thiard avait été envoyé de là pour conclure ces alliances. Il en avait averti Talleyrand en passant à Vienne. Ce ministre, dontrinfaillibllité est si vantée, lui avait répondu qu'il allait tenter l'impossible. Et cependant Bade, au lieu d'hésiter comme la Bavière, s'était empressé de demander, d'abord mademoiselle de Tascher, parente de l'Impératrice Joséphine, puis mademoiselle de Beauharnais, parce qu'elle tenait encore de plus près au Prince Eugène. Bien plus , le Roi de Wurtemberg, si rétif avant la victoire, était devenu si jaloux de cette alliance, qu'il offrit à Thiard sa fille pour Jérôme Bonaparte ! Ce fut alors notre Empereur qui ajourna l'effet de cette proposition, tant les rôles étaient changés : il allégua que Jérôme était absent, en disgrâce, point encore réconnu Prince
du Sang, et que le moment de songer à cette union n'était pas venu.
Ces détails, qui montrent les progrès rapides de Fascendant de Napoléon sur la fierté naguère si hautaine de CCS Princes allemands, sont positifs ; je les tiens de Thiard lui-même.
Ainsi tout avait cédé devant FEmpereur. Dans ce moment-là son plus grand ennemi , Pitt, en mourait de désespoir. Il expira le 23 janvier 1806, le jour de la rentrée de Bonaparte dans Strasboui^. Cent jours s'étaient à peine écoulés depuis que rErapereur était ])orti de cette ville pour accomplir tant d'actions û glorieuses, qu'elles donnent une couleur de féerie à cette phase de son histoire I
Fatigué des réceptions triomphales des Cours allemandes, l'Empereur, après les solennités qm Vaccueillirent à Strasbourg, se refusa à toutes celles que lui préparait Tenthousiasme de la France. Il arriva soudainement à Paris au commencement de la nuit du 26 au 27 janvier, nuit qu*il acheva en travaillant aussitôt avec ses ministres. Ce fut avant tout Je Trésor Public, en déficit de 90 et même de i44 millions, par les intrigues d'une compagnie de fournisseurs gmdée ]>ar Ouvrard , qui le préoccupa : perte dont il sut bientôt recou\Ter la plus grande part, mais dont il n'était point encore consolé dix-huit mois après.
L'histoire a déjà raconté toutes les magnifioencei de l'ouverture de la session législative de cette année. Dans l'exposé de tant de faits mémorables elle a blâmé quelques mots, ou imprudents ou trop aml»lieux, sur notre politique extérieure, et Tinsuffisanœ