‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 269 sur 311 · CHAPITRE 11. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11. SOI

Gela futheureux, d'autant plus que, en débouchant dans la plaine, lorsqu'on avait songé à y déployer nos cinq mille chevaux , on les avait appelés vainement ; nous avions un si singulier chef d'État-Major, qu'il ne lo^^ s'aperçut qu'en ce moment qu'il avait oublié notre cavalerie à Rome !

Capoue est une ville forte. L'accord conclu, Masséna, le Prince et l'État-Major, en tête de colonne, se présentèrent pour franchir le pont du Yulturne et entrer dans cette forteresse dont les portes nous étaient ouvertes. Mous nous engagions dans ce défilé lorsqu'on remarqua , sur notre droite , le drapeau napolitain flottant sur la citadelle , ses canons braqués sur le pont, les canonniers à leurs pièces mèches allumées, et sur le rempart la garnison, les armes prêtes comme pour résister à une attaque. Il eût suffi d'un signal et d'une seconde pour écraser toute la tête de notre armée ! Surpris d'une attitude aussi menaçante, on m'envoya vers ce fort à toute bride. Les pauvres ^ens, bien loin d'aucune intention hostile, étaient là comme des automates, ne voulant pas se défendre et ne sachant pas se rendre ! Immobiles à leur poste , ib se laissèrent arracher, les soldats leurs fusils, les canonniers leurs mèches toutes fumantes; ce futavecla même résignation qu'ils me virent abattre leur drapeau, tandis que, dans la cour, leurs prisonniers algériens continuaient leurs ablutions, sans faire la moindre attention à cet événement, car c'était Theure de la prière.

Le i4 février 1806, Naples à son tour, ses forts, deux cents canons et deux cent cinquante milliers de poudre nous furent abandonnés. Les lazzaroni, seuls

mécontents, furent désarmés. Le golfe nous livra ane frégate, une corvette, une flottille napolitaineS| ridiement chargées; et, le i5, le Prince Joseph prit, comme Lieutenant de TEmpereur, possession de cette capitale, aux acclamations des nobles et des bourgeoisy délivrés du gouvernement détesté de la Reine GaroUne.

Naples conquise, ce fut le vide du trésor qui doniia le plus d'embarras. La Reine avait tout enlevé : Targent de la banque, celui des impôts exigé d'avance, et jusqu'aux meubles et aux plombs de ses palais! Gomment à la fois surimposer un peuple ainsi épuisé et se rendre populaire? Il eût fallu entrer, dans œ Royaume appauvri , avec autant de millions qae de baïonnettes , et tout au conlraire il était dû à notre armée jusqu'à quatre mois de solde 1 L'Empereur répondit aux plaintes de son frère : ce Qu'il Vavaîl en- « \'oyé conquérir un Royaume et non Tacbeter; que n sans doute on ne faisait rien sans argent , mais que « c'était aux vaincus et non aux vainqueurs à en don- « ner; qu'il s'y prenait trop mollement; que, pour « son aisance et son autorité à venir, des trois prec miers mois de son administration dépendrait le reste; <K qu'on ne gagnait pas les peuples en les cajdant; « qu'il fallait donc, avant de régner, donner vigoua reusement sa mesure, commencer par se faire cnin- « dre, et quand on n'était encore que conquérant user (( des droits et recueillir les fruits de la conquête : (c comme, par exemple, mettre trente millions deoon- « tributions de guerre, saisir les biens des couvents, a et confisquer, au profit de son trésor et des siens, •c les fîefs des récalcitrants ((ue leur émigration U

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