‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 295 sur 311 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

presque toute en côtes et en vue des Anglais j on se trouvait comme aux avant-postes , jusque dans la capitale elle-même. 11 fallait donc frapper ce dernier coup; Masséna s'y obstinait. Pourtant, avant d'être prêt et de pouvoir en venir aux mains , on essaya de parlementer. Mais le premier officier qu'on y envoya , reçu à coups de mitraille et à bout portant, fut tué sur place. D'un côté on allégua une méprise; de l'autre, se souvenant mal à propos du succès que j'avais obtenu dans Ulm , on me choisit pour renouveler cette tentative. J'obéis, convaincu de son inutilité, et fort mécontent d'aller donner au Prince de Hesse une occasion de plus de braver nos armes.

Cette fois lorsque, sortant du fauboiu*g, j'apparus sur l'esplanade, la garnison, assez honteuse d'avoir fait feu de toutes ses batteries sur un seul homme , me laissa parvenir jusqu'à la poterne : on me l'ouvrit, et, dans une espèce deredan, je trouvai le Prince au milieu d'un cercle d'officiers. Il n'avait voulu m'entendre qu'en plein air, et entouré de son Conseil. On fait mal ce que l'on fait à contre-cœur. Je me sentais porteur d'une proposition absurde, ridicule poumons, et ofTensante pour le gouverneur de l'une des plus fortes places de l'Europe , soutenue , ravitaillée par une escadre maîtresse de la mer, et dont le ferme courage était connu. C'était, s'il m'en souvient bien , un petit homme trapu, au nez aquilin, et dont la figure bourgeonnée annonçait qu'il était aussi intrépide à table que sur la brèche. Telle était son originalité que, se redoutant lui-même bien plus qu'il ne nous craignait, il avait imaginé de confier la clef de sa cave à l'Évêque

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de celle ville , en exigeant de ce prélat le serment de ne lui délivrer par jour qu'une bouteille. On Tavait aussi entendu , à plusieurs reprises , s'essouffler à nous crier, du haut de ses reraparis, dans un pprtevoix : a queGaéte n'était point Ulm, ni lui Hesseje tf maréchal Mack! » J'en étais bien sûr; aussi n écban* geàmes-nous que quelques paroles, de mon côté assez confuses, et du sien assez railleuses; sur quoi, abré<geanl le sot rôle dont j'étais chargé , je rompis brusquement, et je me retirai, emportant une mince opinion , non du caractère résolu , mais des grlces de notre adversaire , et lui laissant , très-TraîsemiblakUement , une aussi mince idée de mon éloquence.

Il avait eu deux torts : premièrement, d'avoir laissé debout un faubourg détaché de sa place à quelques cents toises, et dont les maisons, bien bâties, favorisèrent nos approches ; secondement , ses sorties furent trop rares : il en fit peu; celle du i5 mai, où nous perdîmes un capitaine du génie et cent soldats, ne rencouraget pas asisez.

Ces engîigements avaient été mêlés de pourparfers. Dans l'un d'eux , ce gouverneur, d'une humeur assez plaisante, dit à Gardanne, l'un des généraux du siège : (( Qu'il croyait son habitation malsaine , et qu'il lui (( conseillait d'en changer. — Malsaine! répondit a Gardanne, mais sa situation est admirable! — <c C'est précisément , repartit le Prince , sa situation (( qui la rend malsaine ! » Gardanne, dont TinteUigence n'était pas vive , et qui se trouvait en fort bon \iir, crut devoir rassurer le Prince. La nuit suivante il n'avait eu garde de profiter de l'avertissement , lors-

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