‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 85 sur 311 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

nières puissances, nos alliées , sont rentrées dans la paix universelle.

Toutefois, pendant les huit premiers mois de cette heureuse année , partout où la main de Bonaparte n'a pu atteindre, dans les profondeurs de notre continent et au delà , le sang a coulé encore. Malgré la \ictoire navale du i5 messidor, où Linois battit Saumarèz, TAngleterre nous a fait chèrement acheter les préliminaires d'une paix insidieuse. Depuis le 5 septembre 1800, jour où elle nous avait pris Malte, et après le 24 mars 1801, jour de l'assassinat de Paul 1*', on l'avait vue anéantir brutalement, en pleine paix^ (le 2 avril suivant), la flotte danoise; se rallier à la Russie ; rompre la neutralité armée et le blocus continental déjà commencé contre elle ; rétablir son odieux droit de visite ; et enfln, après un autre assassinat, celui de Klébcr, forcer, le 3o août, à la suite d'une descente, notre armée d'occupation à abandonner l'Egypte.

Menou, successeur de Kléber depuis un an , la gouvernait. Administrateur intègre , mais faiseur intempestif et général incapable , sans autorité sur un étatmajor devenu frondeur et indocile , Menou sacrifia aux soins d'une administration tracassière et impolitique ceux de la guerre. Menacé d'une descente, il ne sut rien préparer pour s'en défendre.

Complètement approvisionnée , et chaque jour en communication avec la France , au moyen des nombreux bâtiments sans cesse envoyés par Napoléon , son armée comptait encore dix-sept mille sabres et baïonnettes de bataille, et quatre à cinq mille soldats de garnisons. Attaqué par cinq mille Anglais seule-

ment, puis par dix-huit mille successivement descendus, il n'avait su leur opposer d'abord que quinze cents hommes , puis quatre à cinq mille , puis enfin dix mille qu'il laissa battre à la journée de Canope. Après quoi , malgré six semaines de répit , s'obstinant à conserver ses forces inactives et désunies , il avait laissé couper son armée en deux à Ramanieh, l'avait laissé battre en détail et renfermer, moitié dans le Caire, moitié dans Alexandrie t où Belliard et lui avaient été forcés de capituler.

D'autre part , avant , pendant et après cette descente , Gantheaume, avec cinq mille hommes de renfort et sept vaisseaux qui eussent pu tout sauver, avait manqué trois fois de résolution. Maître de la mer et du passage, trois fois il était rentré dans Toulon, frappé d'un inconcevable et fatal découragement.

Les préliminaires du traité d'Amiens avec l'Angleterre vinrent alors : ces préliminaires abandonnaient Ceylan et la Trinité à cette puissance qui , de son côté, s'engageait à rendre, à leurs anciens possesseurs, Malte et le Cap. Mais ces deux points si importants, les Anglais les occupaient encore , les offrant en sacrifice à la paix et ne les voulant pas céder.

En ajoutant ici la révolte de Saint-Domingue le 24 octobre, et l'envoi d'une expédition de vingt-cinq mille hommes pour la réprimer, on aura la nomenclature des principaux faits de guerre et de politique extérieure pendant cette seconde année du Consulat, la première du dix-neuvième siècle. Quant aux faits intérieurs, pendant cette même année 1801, pour les rattacher à ceux de 1800, nous rétrograderons jus-

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