‹ Histoire et mémoires (volume 5)Chapitre 86 sur 311 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Marengo , coup de foudre pour Vienne , avait également foudroyé, dans Paris, nos révolutionnaires. Ils avaient espéré un revers , l'esprit de parti, toujours le même, qu'il soit aristocratique ou républicain, étouffant tout patriotisme. On se souvient que, à Marengo, il y avait eu deux bataiUes : la première perdue pendant neuf heures , la seconde gagnée sid)itement à la fin du jour. La renommée, trop pressée , n'avait d'abord annoncé dans Paris que la première ; les républicains en avaient triomphé. A la seconde nouvelle, à la vue des transports de la joie publique , dans leur désappointement, les plus forcenés de ces démagogues avaient eu recours à l'assassinat pour se débarrasser du Premier Consul. Le poignard, à quatre reprises , leur avait été arraché par la police. La dernière fois ce fut à l'Opéra , presque en flagrant délit, et dans des mains armées par Cerrachi, Lebrun et Demerville. La rage de ce parti en était alors revenue, une cinquième et sixième fois , à la diabolique invention de miachines infernales, que Fouché avait déjouée encore. Mais bientôt cette horrible conception avait été ressaisie par les royalistes.

Le Prétendant venait d'être repoussé dans deux tentatives nouvelles pour faire accepter à Napoléon le

rôle de restaurateur de l'ancienne monarchie. Une première lettre était restée sans réponse ; Bonaparte avait répondu à laseconde, le 7 septembre 1,800 : cr J'ai « reçu, Monsieur, votre lettre ; je vous remercie des a choses honnêtes que vous me dites. Vous ne devez « plus souhaiter votre retour en France : il vous fau- « drait marcher sur cent mille cadavres! Sacrifiez (K votre intérêt au repos et au bonheur de la France ; «( l'histoire vous en tiendra compte. Je ne suis pas ina sensible au malheur de votre famille ; je contricc buerai avec plaisir à l'adoucir et à la tranquillité de <c votre retraite. »

C'était trois mois et demi après cette réponse, que, le 3 nivôse , 24 décembre 1800, cinq des partisans du Prétendant ainsi repoussé , s'emparant de la dernière des machinations des terroristes , avaient fait sauter tout un quartier de Paris, pour envelopper dans cette grande destruction le Premier Consul ! . • Ici encore le Gel était évidemment intervenu. L'attente du public à l'Opéra et un retard causé par un détail de toilette de Josépliine avaient excité l'impatience de Bonaparte; l'ivresse d'un cocher se l'était exagérée; et, le galop de ses chevaux lui ayant fait dépasser le guet-apens de dix secondes avant qu'il éclatât. Napoléon n'avait pas été atteint! A celte infernale explosion, dans toute la France une triple explosion contraire , de bonheur en voyant son héros échappé à ce péril, d'admiration pour son étoile, et d'indignation , avait répondu. L'énormité de cet attentat manqué accrut d'autant sa puissance. Une première incertitude sur celle, des deux factions

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