CHAPITRE III
Le lendemain, il\ octobre, il n'était pas encore cinq heures du matin, quand les maréchaux Larmes et Soult vinrent prendre Tordre. L'Empereur venait de dicter celui de la bataille. Il .ne pouvait guère consister que dans une attaque devant soi, dès l'aube du jour, pour gagner le terrain indispensable au développement, sur deux lignes, d'environ quarante mille hommes ; car, jusqua midi, ce fut là tout ce que Napoléon eut sous sa main. Après quoi l'on aviserait selon les lieux, qu'on ne connaissait que par la carte et les mouvements de l'armée ennemie, qu'on croyait en force. Toutefois , comme un succès sur la gauche de cette armée compromettait la retraite de tout le reste, et qu'on attendait de ce côté Davout et Bernadotte , le village aperçu la veille, en avant de notre droite, fut désigné pour but à notre premier effort. Le maréchal Lannes , la division Suchet en tête , dut commencer.
Vers cinq heures Napoléon, resté seul avec le maréchal Soult, lui disait : « Les battrons-nous? — Oui, s'ils « sont là, répondait le maréchal ; mais je crains qu'ils a n'y soient plus ! » En ce moment les premiers coups
de fusil se firent entendre, l'Empereur s'écria gaiement : «•Les voici! L'affaire commence! » Et il alla haranguer notre infanterie , la piquant d'honneur contre cette Cavalerie Prussienne si célèbre, « qu'il « fallait , dit-il , faire expirer ici devant nos carrés , « comme nous avions, à Austerlitz, écrasé l'infanterie « russe! »
Mais, jusqu'à huit heures, un brouillard épais et glacial ayant remplacé la nuit, nos tirailleurs ne purent marcher qu'à tâtons, n'ayant pour guides que le bruit et la lueur des coups de feu qui répondaient à leur attaque. Ils avancèrent pourtant, mais au hasard. Us déviaient à gauche , ainsi que les bataillons qui suivaient, quand ceux du 17™ se heurtèrent inopinément contre Tavant-garde ennemie, près de Clozwitz. dette ligne, appuyée à un bois, nous attendait de pied ferme ; elle fut prête la première ; et, de son feu à bout portant, elle nous mit hors de combat un bon nombre d'hommes. Toutefois ce combat s'égalisa bientôt. Il dura près d'une heure, et fut à la fois sanglant et sans résultat , les feux seuls attirant les feux, l'obscurité dérobant les objets environnants et s' opposant à toute manœuvre.
A neuf heures enfin le nuage glacé , qui nous aveuglait , se dissipa. Aussitôt Suchet , s'élança nt contre ce premier corps prussien mal ensemble , le surprit; il le culbuta, et le rejeta dans la plaine avec perte de vingt-deux canons. Peu d'instants après, vers dix heures, le maréchal Soult, avec la division Saint- Hilaire, accourut, et s'interposa entre cette partie du centre des ennemis repoussés et leur aile gauche, qu'il